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[Interview] Princess Unchained vue par son dessinateur Laurent Huchet

J’ai eu la chance d’interviewer Laurent Huchet, le dessinateur et co-auteur de Princess UnchainedPrincess Unchained est la première BD de Jérôme Frizzera-Mogli et Laurent Huchet publiée chez Thunder Philosopher, leur maison d’édition créée pour l’occasion. En exclusivité pour les Trois Doigts de la Main, retrouvez les 3 premiers chapitres en lecture. 

Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la BD ?

Après une formation de graphiste à l’institut Saint Luc à Bruxelles, j’ai travaillé comme Directeur Artistique dans le digital. J’ai travaillé dans le conseil en communication, en tant que graphiste et en tant qu’entrepreneur. J’ai toujours été passionné par l’image en général et la BD en particulier.

Ensuite vers 40 ans, j’ai commencé à me poser les questions sur ce que je voulais faire. J’ai voulu faire quelque chose de plus intime. L’histoire de Princess Unchained c’est aussi mon histoire personnelle d’une personne qui se pose les questions sur son avenir et qui veut faire quelque chose qui me plaît.

Jérôme (auteur de la BD) et moi discutions depuis déjà quelques temps. Nous avons eu les mêmes envies en même temps. Nous avons donc eu envie de lancer une BD inspirée de nos passés respectifs.

Quelles sont vos inspirations pour créer cet l’univers graphique ?

Je me suis entre autres inspiré de Saul Bass, un graphiste américain, connu pour ses génériques de film, notamment celui de Vertigo d’Alfred Hitchcock. Le principe repose sur des formes simples et un minimum de couleur. Le but est de rester dans l’évocation et le symbole afin de générer quelque chose dans l’émotionnel.

Saul Bass réalise l’affiche de Grand Prix

La forme vient aussi du fond. Nous voulions faire rencontrer les Chevaliers du Zodiaque avec Carl Jung : un mélange entre un univers fantastique et la psychologie.

Vous avez utilisé un processus de création innovant, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Du fait de notre histoire très digitale, presque naturellement on a travaillé comme si on faisait un projet digital. Nous nous sommes inspirés des méthodes agiles : forte collaboration, créativité, retour utilisateur. Concrètement il faut accepter de changer tout le temps les choses. Rien n’est linéaire. Il faut aussi se confronter rapidement au marché, au public pour avoir des retours.

Nous avons donc publié l’histoire chapitre par chapitre. Nous sommes parfois revenu sur des chapitres précédents grâce aux retours des lecteurs. Il y a des parties qui ont disparu à certains moments. Nous avons fait participer notre communauté pour la couverture de la BD et je ne pensais pas que cette version gagnerait !

Nous avons figé les choses avec une première édition papier. Nous ne nous interdisons pas de faire d’autres éditions avec une autre fin par exemple.

Ce processus a fonctionné parce que nous avons de l’expérience et que nous nous connaissons très bien. Il faut être prêt à entendre les critiques.

Quelle est la suite pour vous ?

La suite s’appelle Ferox Vox. Nous voulons aller encore plus loin dans la co-création. Nous avons mis en place le « combo ». Nous envoyons une newsletter toutes les semaines pour faire participer les lecteurs.

Ferox Vox suit l’aventure de Sonate qui va se confronter à la réthorique cosmique: le pouvoir du langage, d’influencer les gens et les choses. Il faut imaginer des duels de réthorique à la Naruto avec plus d’action que dans Princess Unchained. Le 1er chapitre est prévu d’ici quelques semaines.

[Interview] Bernard Yslaire, 7 ans après

A l’occasion de la sortie du tome 7 de SambreFleur de Pavé“, j’ai pu interviewé Bernard Yslaire. Déjà interviewé en avril 2009, la différence est criante. Pourtant, Bernard Yslaire a découvert il y a 5 ans que sa famille était atteinte d’une maladie génétique incurable qui se déclare sous forme d’une affection oculaire. Elle touche une partie de sa famille, mais pas lui. En découle une prise de conscience. Aujourd’hui l’homme est apaisé, l’artiste est au sommet de son art. La fin de Sambre s’annonce magistrale.

Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis notre première rencontre ?

Ma vie a changé. Je me suis rendu compte il y a peu de temps que cette histoire de famille maudite, c’était une métaphore de la mienne. Tout est prévu pour que Bernard et Julie meurent ensemble et pourtant non, Julie survit. Julie continue l’histoire avec la culpabilité des survivants. Ce choix s’impose à moi. Plus tard, lorsque je me rends compte que je suis un survivant dans ma famille, c’est à la fois un choc et une libération : je suis obligé de redéfinir l’avenir, ce qui me reste à vivre.

Ce qui me fait souffrir ravit 1 million de lecteurs, c’est passionnant. Alors je leur suis redevable. Qu’est-ce que je peux offrir de mieux ? Pour moi, la seule chose qui a du sens c’est la beauté. Tout le monde sait ce que ça veut dire mais personne ne peut la définir.

Le seul pouvoir que j’ai face à la maladie c’est que je produis moi. Ce qui est intéressant dans le dessin, c’est la part invisible, le souvenir laissé au lecteur qui sera bien au delà de ce que je peux dessiner. Je vais essayer de faire le mieux possible.

Cela rejoint une vieille idée que j’avais sur moi-même, que j’allais commencer à dessiner à 60 ans. J’ai l’impression d’avoir tout juste commencé la bande-dessinée, d’avoir enfin la liberté, le plaisir de dessiner.  Je veux faire la plus belle fin. Je fais chaque page presque comme si c’était la dernière. J’ai enfin la maturité nécessaire pour faire la fin, l’apothéose, finir en beauté.

Je veux faire la plus belle fin. Je fais chaque page presque comme si c’était la dernière.

Julie est devenue la personnage principale au fil des albums. Est-ce que c’était prévu ?

Non, ce n’était pas prévu, mais un peu comme D’Artagnan dans Les 3 Mousquetaires, Julie n’est pas Sambre mais c’est elle qui fait l’histoire. Dans le 3ème album, la fin était déjà écrite. Julie, menacée par le peintre, devait être sauvée par Bernard. Quand j’ai dessinée la scène, je me suis dit que ce n’était pas possible que Julie ne réagisse pas, qu’elle soit la victime. Là, à ce moment, elle devient actrice de son destin. Ca m’a toujours paru très pompeux les artistes qui disent que les personnages leur échappent, mais quelque part, ça m’est arrivé !

Le but du scénario n’est pas de tout prévoir. Il doit être le plus ouvert possible et réceptif à la situation. La cohérence se crée lorsque je mets en scène les personnages. J’ai repris le mythe de Roméo et Juliette, mais lorsque je l’ai dessiné je me suis rendu compte de façon inconsciente que la tragédie c’était de survivre.

un peu comme D’Artagnan dans les 3 Mousquetaires, Julie n’est pas Sambre mais c’est elle qui fait l’histoire

Le tome 7 vient de sortir. Quelle est la suite pour Sambre ?

J’ai travaillé sur les 3 albums (7, 8 et 9) en même temps. La période de publication va être très rapprochée avec une sortie par an. J’ai déjà fait une grosse partie du scénario ainsi que les couvertures. Il reste l’aventure à vivre ! Une BD c’est comme une sortie en mer. On espère qu’il n’y aura pas de tempête avant de rejoindre le port et s’il y en a, il faudra les traverser.

A la fin de Fleur de pavé, je n’ai pas eu l’impression d’avoir fini un album mais de commencer la fin. C’est le tome où j’ai pris le plus de plaisir et c’est le premier où après avoir fini, j’ai continué 2 jours plus tard sur le tome 8. Pour les lecteurs qui se demandaient si Sambre allait connaître une fin, oui elle arrive !

Et pour la Guerre des Sambre ? Où en est le projet de Sambre à la préhistoire ?

On va finir l’histoire avec Marc-Antoine Boidin. Pour moi, le cycle de la Guerre des Sambre sera fini après la publication du dernier tome de Maxime et Constance. Au début, j’avais prévu 7 générations. En le faisant, nous nous sommes rendus compte que ce qui était intéressant dans la Guerre des Sambre, c’était de comprendre le départ de la folie d’Hugo qui influence le destin de Bernard et Julie.

Concernant le cycle sur la préhistoire, c’est toujours en projet et j’ai très envie de le faire. Je ne crois pas que je confierai le dessin à quelqu’un d’autre parce que c’est intime de parler de la préhistoire, de la Genèse de Sambre. C’est le carrefour de la religion et de la théorie scientifique que développe le père d’Hugo. Pour moi, cela ne fait pas partie de la Guerre des Sambre.  Je ne sais pas encore ce qui va se passer. Aujourd’hui mon objectif est de finir Sambre. Je veux éviter l’album de trop.

Crayonné de Bernard Yslaire

Après avoir tout testé, vous revenez aux techniques classiques de dessin. Pourquoi ?

C’est encore une fois lié à ma remise en question récente. Je voulais revenir à quelque chose d’humble. Je me suis rendu compte que ça faisait 15 ans que je n’avais pas fait de dessin complet sur papier. J’ai voulu tout remettre dans le cadre, dans la planche. Progressivement, je me suis re-apprivoisé. C’est plus naturel. J’ai redécouvert le plaisir de se tromper, d’improviser et d’aller au delà de ce qui était prévu. Le dessin est devenu plus instinctif que sur un ordinateur où il n’y a aucune contrainte.

Le dessin sur planche est comme un sport. Il faut s’échauffer avant et faire attention à la météo. Il faisait très chaud pendant la réalisation de l’album. La chaleur a eu une influence sur le pot d’encre, le papier. Il fallait donc se dépêcher pour créer. Et comme chaque sportif bien entraîné, il faut faire le bon geste au bon moment. C’est une forme de transe, un orgasme. C’était apaisant.

Les Ailes du singe #1 par Etienne Willem

Etienne Willem dévoile Wakanda, le premier tome de sa nouvelle série animalière Les Ailes du Singe.

1933, les USA sont en pleine crise économique. Ancien pilote de guerre dans l’escadrille Lafayette, Harry Faulkner est devenu cascadeur aérien et a même possédé son propre cirque volant. Mais pour d’obscures raisons… il est aujourd’hui au chômage, sans le sou, et très déprimé. Ce n’est pas le cas du maire de New York qui va inaugurer en grande pompe le mât d’amarrage du Zeppelin qui va relier l’Europe au nouveau continent. Une fête somptueuse en plein ciel où le champagne va couler à flot pour les nombreux invités prestigieux… malgré la prohibition. Un événement marquant et très politique. Mais c’est sans compter sur une bande de terroristes qui s’empare du dirigeable et réclame une rançon sous peine d’écraser tout ce petit monde sur Manhattan. Qui de l’armée ou de notre ancien pilote virtuose arrivera à sauver la grosse pomme et surtout Betty Laverne, intrépide journaliste qui a eu la mauvaise idée de se glisser dans la réception ?

Après s’être intéressé avec talent à l’époque médiévale au cours des quatre albums de L’Epée d’Ardenois, Etienne Willem s’attaque avec Les Ailes du singe à un récit d’aventures de haute voltige se déroulant pendant les années 30 aux Etats-Unis. Au cours d’un scénario rythmé, Etienne Willem met en scène Harry Faulkner, ancien pilote de guerre, qui va tout faire pour déjouer une prise d’otage dans un zeppelin. Et accessoirement sauver la jeune et belle journaliste Betty pour qui il a un béguin. On ressent évidemment un certain déjà-vu avec cette histoire inspirée des films hollywoodiens, mais les pirouettes aériennes, l’action et l’humour et les personnages charismatiques embarquent le lecteur dans cette aventure menée sans aucun temps mort.

Les Ailes du Singe - Wakanda

Les Ailes du Singe – Wakanda

Graphiquement, c’est parfaitement maîtrisé. On connaît le talent de l’auteur pour les dessins anthropomorphiques, et une nouvelle fois on reste envouté par ses personnages aux charmes fous et très expressifs. Etienne Willem maitrise aussi bien les scènes de pleins pieds que celle se déroulant dans les airs. Le découpage cinématographique et les nombreuses scènes d’actions, superbement réalisées, embarquent le lecteur dans cet univers des années 30 américaine.

Le nouvel album d’Etienne Willem était très attendu, et on n’est pas déçu un seul instant par ce premier tome qui forme une histoire complète. Un album à ne pas manquer !

Pour aller plus loin avec Les Ailes du singe, Etienne Willem vous propose d’entrer dans une case de cet album et la décrypte pour vous. 

Les ailes du singe #1
Wakanda
Etienne Willem
Éditions Paquet
Parution : 29 juin 2016

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