Les Trois Doigts de la Main - L3D2LM
Obvious child

STATING THE OBVIOUS CHILD

 Rom Com

 

Mieux vaut être “en retard” que jamais

 

«L’enfant évident» malgré sa rime chantante n’est pas toujours celui que l’on croit. En un film à petit budget et grands talents, la réalisatrice Gillian Robespierre parvient à brouiller les pistes. On y rentre pourtant comme dans un beurre tendre et fraichement moulé, parsemé de cristaux salés reflétant le quotidien familier des personnages. Soit une jeune new-yorkaise talentueuse mais paumée, malheureuse en amour mais aimée de ses parents, comédienne de stand-up et inévitablement solitaire. Les «boyfriends» vont et viennent sans que pointe le prince charmant à l’horizon du Brooklyn bridge. Une histoire classique et sans prétention que ne viendra contredire l’apparition d’un brave garçon vaillant, un chic type même, dont la qualité première remplit son rôle de faire valoir pour les frasque de l’héroïne qui s’en donne à coeur joie. Une belle partie de jambes en l’air, une bonne gueule de bois et un ovule fécondé plus tard, on comprend le titre du film.

 

Zeitgeist

 

L’ambiance, orientée “rom-com” sans-gêne autour de la force de caractère de Donna Stern (jouée par la talentueuse Jenny Slate), offre un condensé de ce que l’on trouve dans certaines séries télévisées trendy actuelles. Des scènes de comedy club viennent entrecouper le train-train de Donna, entourée de personnages éphémères qui s’acharnent à devenir attachants. La palme revenant au père, comédien à la retraite aux allures de clown triste mais sage peignant des marionnettes, joué par le formidable et touchant Richard Kind. Le cadre respecte ainsi les poncifs d’une sitcom sans en être une. On se surprend à espérer justement qu’elle en soit une. Une amusante victoire pour les showrunners après des années d’efforts passées à mimer le 7ème art. Dans le genre miroir, on a également cette sensation bizarre d’être pris à parti lorsque la caméra s’oriente vers le public au sourire forcé du club dans lequel joue Donna.

 

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“Heureux les simples d’esprit”

 

La simplicité du propos arrive malgré tout à nous convaincre sur la durée. Le cinéma aime, depuis l’avènement de «l’indie», les personnages ordinaires qui dépassent les difficultés subies de la vie moderne. Ni riches, beaux et brillants, ni pauvres et désespérés, les nouveaux héros sont de cette injustement méprisée classe moyenne qui prend depuis plus de 10 ans une revanche inespérée. C’est la victoire de l’ordinaire et du futile sur les rêves brisés de notre génération dont le challenge quotidien est bien de survivre au méandres pervers d’une société oppressante. Obvious Child s’acharne à nous le montrer quitte à forcer le trait. Les questionnements existentiels de ses personnages s’effacent devant la difficulté de trouver son bonheur dans la simplicité. Le regard bienveillant mais plein de jugement des parents de Donna sur leur fille «ado attardée» achèvent de nous convaincre du fossé générationnel, eux qui sont les derniers vestiges d’une civilisation de confort disparue.

 

Un enfant peut en cacher un autre

 

Car c’est bien là le nerf de la guerre : pourquoi tant d’ados attardés de nos jours ? Mais quelle est donc cette chose qui rend le passage à l’âge adulte si difficile pour la jeunesse qui a tout, souvent gratuitement ? Peut-être notre définition de l’adulte n’est plus valable. Peut être également que l’arrachement tant recherché par les générations précédentes à leurs parents et leur rébellion nécessaire ne sont plus d’actualité. Le «obvious child», c’est cette jeunesse qui se bat contre des moulins et se prend de la mollesse intellectuelle dans la tronche depuis son plus jeune âge. Seulement voilà, les étapes de la vie entrent sans frapper à notre porte. Faute d’aller de l’avant comme un nageur doit le faire pour regagner le rivage, on finit par couler sous le fracas silencieux des vagues. Subir ou choisir, tel est le dilemme auquel nous sommes confrontés pour aller au devant de notre liberté. Ce film nous susurre pèle-mêle tout cela à l’oreille sans faire le tri, sans prendre de parti. Charge au téléspectateur de choisir, comme l’héroïne, ce qu’il tire de ce morceau de vie sans le regretter.

 

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