Dizzy Galaxy par Betty The Shark [Album Review & ITW]

Pour achever 2017 en beauté et démarrer 2018 du bon pied, j’ai choisi de revenir sur un super album de cet hiver, paru en novembre dernier et encore un peu trop confidentiel au vu de sa grande qualité: Dizzy Galaxy par Betty The Shark. A part le fait que j’en ai décidé ainsi, voici deux autres bonnes raisons pour vous en parler: 1/ ça peut pas faire de mal, d’autant plus que “la bonne musique c’est comme les carottes, ça rend aimable” (proverbe alternatif de mon invention) et surtout 2/ ça va bien nous décrasser les oreilles après un noël 2017 riche en “chansons de noël”.

Dizzy Galaxy est le second album signé par le groupe Franco-américain Betty The Shark dont on vous parlait déjà ici lors de leur 1er EP Sad, Bad and Glad ou au moment de la sortie de leur 1er album Shepherd of the Moon, sorti sur le label indépendant du groupe Summer Bizarre. Le nom complet de l’album, The Echoings of Dizzy Galaxy, et la créa de la pochette annoncent la couleur: le trio originaire de Biarritz a pris un virage assez inattendu mais non moins jouissif pour qui sait l’apprécier. En 11 titres et 49 minutes, BTS (Betty The Shark) explore un univers nouveau, plus sombre, plus électronique, parfois “bizarre” et presque inquiétant avec des sons très new wave, contrastant avec le premier album très rock, relativement joyeux, qui puisait ses influences dans un son surf rock et parfois punk rock, avec des mélodies pop et beaucoup de bons riffs de guitare.

A l’instar du titre Willy Wonka ci-dessus, Dizzy Galaxy s’écoute comme un voyage spatial étrange, plein de belles découvertes, mais aussi avec des passages et personnages inquiétants, dans l’obscurité. Un peu comme un épisode de Star Strek du coup… mais en musique. Et re-visité par Lewis Carrol et Tim Burton. Le style Synth Wave de l’album vient en grande partie des sons de synthés, originaux et très présents sur chaque titre. Lee-Ann Curren et Philip Caradona – le duo fondateur de BTS – ont tous les deux changé d’instruments pour créer et enregistrer cet album: Ciao les guitares et les riffs nerveux, bonjour le U-bass sautillant et les synthés de l’espace. Le résultat est là, la surprise aussi et on en redemande.

En guise de conclusion et comme on sait que vous êtes curieux, on a posé à Lee-Ann Curren (chant et basse) quelques questions supplémentaires et voici ses réponses:

Comment est-ce que tu décrirais les influences principales de BTS pour cet album?
Je pense que ce qui nous a particulièrement influencé et inspiré sur cet album venait directement des instruments. Philip venait de s’acheter un synthé et le simple fait de jouer avec ses sons nous a apporté plein d’idées nouvelles. Et j’ai composé les lignes de basse sur un U-Bass (basse de la taille et forme d’un ukulele), et rien que le fait d’avoir une basse de la taille d’un jouet a influencé directement les morceaux.
On écoutait plus d’électro pendant l’écriture de l’album, ce qui explique en partie le changement de son comparé au premier.
Au niveau des lyrics, nos expériences personnelles sont a la base de ce qu’on a écrit, presque comme une psychanalyse haha.

Lee-Ann Curren et son U-Bass en Live @ Indie Seine à Paris en 2016

Le 1er album est sorti en 2014, ce nouvel opus était annoncé courant 2016, puis a finalement été publié fin 2017. Pourquoi un temps de gestation aussi long?
D’abord on s’est vraiment appliqués sur l’enregistrement de l’album. L’album était prêt à sortir en Novembre 2016, mais à la suite d’événements personnels assez importants, on a décidé de repousser la sortie de l’album.
On est super contents d’avoir enfin pu le sortir, je pense que c’est notre album le plus abouti musicalement et le témoignage d’une belle époque de nos vies et du groupe.

Qu’est-ce que tu peux nous dire des prochains projets de BTS (releases/concerts/vidéos)?

On a plein de vidéos à sortir, la prochaine de Summer Bizarre (par Claudia Lederer) qu’on avait filmée en Islande, et quelques morceaux inédits qui attendent d’être sortis. Mais pour l’instant on laisse Dizzy Galaxy faire son chemin!

Enfin, très important, si BTS était un personnage de BD/Série/Ciné, ce serait qui et pourquoi?
 Je dirais Sponge Bob avec son caractère un peu farceur.

Merci à Lee-Ann Curren pour ses réponses. Merci à tous nos lecteurs de nous avoir suivis pendant cette année 2017. Pour info, vous étiez plus de 370 000 internautes à consulter L3D2LM en 2017. A l’année prochaine 🙂

[Live Report] Mat Bastard au MaMA Festival 2017

Mat Bastard, frontman du groupe français Skip The Use a sorti cet été son premier album solo, suite à la séparation de son band en 2016. Malgré le succès énorme de son ancienne formation dans les années 2010 qui donnait enfin un nom, un visage et de la consistance à une scène pop rock française jusque là un peu molle, ce nouveau projet est resté assez discret depuis sa sortie. Et pourtant, le franco-belge n’a rien perdu de son énergie plus que débordante, comme il l’a montré à la Cigale le vendredi 20 octobre dans le cadre du MaMA Festival 2017.

Pour parler de son concert, il faut d’abord de son album, LOOV, paru en Juin 2017. Efficace, en 14 titres, il s’inscrit plutôt dans la continuité de ce qui faisait la force de Skip The Use, comme si le changement de nom (et donc le passage d’une notoriété internationale à un nom relativement inconnu) était la seule rupture. Peut-être est-ce, en partie, la raison du succès étonnamment modéré de cet album, pourtant assez réussi dans son style. Le style, parlons-en justement. Mat Bastard, c’est surtout un rock indé nerveux et rapide, mélangé avec des sons de synthés qui apportent une touche électro-pop pour un résultat un peu plus lisse, un peu plus propre et au final très dansant, le tout porté par une voix unique et reconnaissable parmi cent. Comme Skip The Use donc, mais pas tout à fait. Quelques titres viennent tout de même perturber cet aspect lisse et montrent une volonté d’exploration de l’artiste. Que ce soit avec une pop ensoleillée (Grave of Broken Dreams), un rock agressif entre punk et metal (Vivre mieux) ou des riffs dignes des groupes de skate punk californiens (Stay Close To Me), Matt Bastard égrène quand même de jolies petites surprises, et en profite même pour insérer plusieurs textes en français. Si l’intention est louable, le résultat peut paraitre un peu inégal – encore que chacun appréciera selon son goût – dans la mesure où certaines de ces “surprises” semblent être des clins d’œil appuyés à d’autres groupes comme Offspring, Nirvana, System Of A Down, Trust. Du coup, on a parfois le sentiment d’un “Tribute” mais bon…

Mat Bastard en bref, c’est un album réussi avec quelques très bons titres, quelques originalités un peu surprenantes, mais ne déchainant pas les passions comme au temps de Skip The Use. L’expérience Live est là pour corriger ce point. Complètement survoltés du premier titre jusqu’au dernier, Mat Bastard et ses comparses sur scène assènent un concert ultra-dynamique. Généreux en interactions avec le public, pendant les chansons ou entre deux titres, il descend allègrement dans la fosse à plusieurs reprises pour se balader, chanter, danser, saluer des connaissances ou juste surprendre des inconnus. Ambiance assurée.

“Alors c’est l’histoire d’un mec…”

On trouve aussi chez Mat Bastard une approche un peu plus “sociale” de la musique par rapport à Skip the Use. L’artiste délivre plusieurs messages plus ou moins engagés dans ses chansons autour de thèmes comme le féminisme, la violence policière, la liberté, le droit et la capacité de chacun à poursuivre et réaliser son rêve. Ça ne saute pas toujours aux yeux car la plupart des chansons restent dans une veine pop rock éprouvée et validée dans laquelle trop de texte ou de réflexion n’ont pas leur place, mais Mat (ou Mathieu de son vrai nom) n’hésite pas à prendre le temps de présenter ses chansons, d’expliquer le pourquoi de chacune, toujours avec humour pour ne pas plomber l’ambiance avec un cours magistral.

Actuellement en promotion du film d’animation Zombillénium dont il a co-écrit la bande originale, Mat Bastard a assuré un show de maître à la Cigale et en a profité pour se lâcher complètement, étant ce soir là hors du cadre de la promotion du film. Si l’album LOOV vous avait bien plu, sans vous convaincre complètement, allez voir ce que ça donne en concert, vous en aurez pour votre argent. En fin de concert, on a même eu droit à un hommage à Louise Attaque, comme pour achever de convaincre que Mat Bastard est appelé à devenir une figure incontournable du rock français. Ce moment n’a pas été capté, mais la vidéo ci-dessous, filmée à la Maroquinerie de Paris en Mai dernier donne un fidèle aperçu de ce que c’était. Crédit vidéo: Florent Gilloury

 

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[Interview] Monk & Rivière Salée du label Distile Records

Distile Records est un jeune label de musique électronique basé à Paris. On a rencontré les deux fondateurs Cédric et Kilian, alias Monk et Rivière Salée, qui se trouvent aussi être les deux principaux artistes signés, pour discuter de leur musique, de leurs projets, et vous permettre d’en savoir plus. A priori ces deux-là n’ont pas fini de faire parler d’eux ou de leur Distillerie à sons et c’est tant mieux !

L3D2LM : Pour présenter Distile Records en peu de mots, on peut dire que c’est un label indépendant de musique électronique basé à Paris. Vous l’avez démarré tous les deux ?

Monk : Au départ on était 4, et puis il y en a un de nous qui est parti, puis un autre qui a commencé à avoir beaucoup de projets en même temps et qui du coup a pris de la distance et nous file plutôt un coup de main de temps en temps. Au quotidien, on se retrouve à être vraiment deux dessus. Les premiers temps j’ai été le seul à plein temps, pour amorcer les premiers projets, premiers live, etc, et puis rapidement Kilian a quitté son job chez Deezer pour être lui aussi à temps plein dans le projet.

Rivière Salée : On a aussi pas mal d’amis qui nous filent des coups de main sur le Community Management, sur les clips…

Monk : A mesure qu’on avance, certains amis voient qu’on est à fond, qu’on y croit et ça doit leur donner envie de participer. Quand tu es passionné et que tu te donnes complètement dans ce que tu fais, je crois que les gens respectent ça et s’ils adhèrent au projet et qu’ils ont des compétences techniques de graphisme, de vidéo ou autre, et bien ils proposent spontanément leur aide. Il y a plein de gens comme ça qui nous filent des coups de mains régulièrement. On ne peut pas les payer, mais on aimerait le faire un jour ! Pour l’instant, ça marche beaucoup par l’entraide.

L3D2LM : Créer et gérer son propre label est loin d’être simple et malheureusement, tous ceux qui se lancent ne décollent pas forcément. Au contraire, on dirait bien que Distile est en progression continue depuis son lancement : des sorties de titres ou EPs, des clips, de plus en plus de dates et de visibilité pour ses artistes..

Monk: ah ouais ?

Rivière Salée : C’est vrai qu’on est sur une pente ascendante…

Monk: On est clairement sur une pente ascendante, mais le constat qu’on fait, c’est que ça demande énormément de travail ! Gérer son projet artistique personnel et un label en même temps, c’est-à-dire faire de l’administratif, s’occuper du booking (chercher et trouver des dates de lives pour nous et d’autres artistes en plus), c’est beaucoup de multi-tasking. Gérer un label, ça demande de se répartir le job de 6 ou 7 personnes entre nous deux et du coup pour lier ça à notre activité artistique, plus le développement des autres artistes et ce qu’implique le management des artistes, ça peut devenir un calvaire parce qu’on est sous l’eau et on doit accepter de survoler certains aspects.

L3D2LM : Un aspect qui n’est pas survolé justement, c’est l’identité graphique de Distile Records et de ses artistes. Vous avez une cohérence et un style qui unissent vos productions, on voit tout de suite qu’on a affaire à des pros!

Rivière Salée : On avait une base graphique au départ, Cédric ne peut pas s’empêcher de toucher à tout aussi et de s’occuper globalement de l’identité visuelle du label. Ca prends énormément de temps, aujourd’hui on travaille avec une graphiste pro qui nous aide dans les différents designs et pour les covers des EP/artistes.

L3D2LM : Dans vos vidéos aussi, on retrouve toujours une même atmosphère un peu mystérieuse et séduisante. Le choix des images et des paysages pose vraiment une ambiance.

Monk : Ouais, en fait ça vient de mon côté un peu « obsessionnel » avec l’esthétisme au sens où j’ai souvent une idée très précise de ce que je veux obtenir. Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est comme ça, et j’imagine que j’ai un peu déteint sur le label…

Rivière Salée : Ça c’est sûr !

Monk : Après je trouve ça bien qu’on ait vraiment notre graphisme et qu’il y ait un lien entre nos musiques, nos visuels, nos vidéos. Plus il y a de sens qui sont sollicités et mieux c’est !

L3D2LM : On vous avait découvert au To Gaether Festival en 2016. Et puis ensuite on avait eu la chance de vous avoir sur la scène de la soirée Indie Seine début 2017. Les prochaines dates pour vous voir sur scène c’est quand ?

Rivière Salée : On se calme un peu sur les dates à la rentrée. On part s’isoler a la campagne tout le mois d’octobre pour finaliser notre album et préparer un nouveau live, avec un passage éclair à Paris le mercredi 18 octobre pour un live dans le cadre du Mama Festival organisé par le BPM contest à la Machine du Moulin Rouge.
Ensuite il faudra patienter jusqu’au samedi 18 novembre pour nous voir jouer  à la deuxième édition du Festival To Gaether au Carreau du Temple, en compagnie de Moi Je et Secret Value Orchestra.

L3D2LM : Le futur de Distile Records vous le voyez comment à long terme ? Ça pourrait devenir une étape vers quelque chose d’autre pour vos projets artistiques ? ou bien ça aura vocation à continuer de se développer en tant que label ?

Rivière Salée : En fait on a beaucoup cherché à développer le label, plus que les artistes, en se disant que si le label était connu, les gens iraient consulter chacun des artistes du label mais au final les gens ne connaissent jamais le label des artistes…

Monk & Rivière Salée – Live @Indie Seine 2017

L3D2LM : Vous aviez pris le sujet un peu à revers de la perception du public. Un peu comme si l’auteur de Dragon Ball s’était dit que les lecteurs apprécieraient San Goku parce qu’il a été formé par Tortue Géniale… alors qu’en vrai les gens se souviennent surtout de San Goku, et moins de Tortue Géniale.

 

Rivière Salée : Exactement.

Monk: Très belle référence.

Rivière Salée : Du coup j’ai plus rien à ajouter… [rires]

Monk : C’est vrai que les gens connaissent plus les artistes que les labels. Je pense qu’on a fonctionné à l’envers. Normalement tu commences par te faire une notoriété en tant qu’artiste et ensuite tu montes ton label parce que tu vas attirer les artistes qui peuvent aimer ce que tu fais, tu pourras faire fonctionner ton réseau, tes contacts… On a fait exactement l’inverse. Sur le papier ça parait con, mais il n’y a pas forcément de règle de ce point de vue-là dans la musique. A défaut d’être logique, ça nous aura permis de mettre un pied dans l’industrie musicale dès le départ et d’avoir une structure pour organiser des soirées, émettre des factures, faire des demandes de financements, etc. En tant qu’artiste tu n’as pas vraiment de légitimité pour faire tout ça.

L3D2LM : Distile Records pour l’instant, c’est 4 artistes : Monk, Rivière Salée, Islandisiac, Luksek. C’est bien ça ?

Monk & Rivière Salée : Exactement. 4 artistes en comptant Islandisiac, mais c’est un projet qui ne devrait plus trop bouger, après l’EP et le single qui sont sortis (les membres continuent d’être actifs dans d’autres projets). Décembre marquera l’arrivée d’un nouvel artiste : Owl, avec un EP trois titres et un ou deux remix. Owl, c’est l’ingéson attitré du label, qu’on a rencontré au début de l’année et qui nous accompagne sur toutes nos dates. C’est un musicien vraiment complet, aussi prolifique au piano qu’à la guitare, probablement meilleur que nous d’ailleurs. On retrouve pas mal d’influences funk et jazz dans ses tracks, c’est très bien produit et ça groove à mort. On a hâte de sortir tout ça.

L3D2LM : C’est quoi l’actu des artistes déjà signés ? Allez au hasard, Monk et Rivière Salée ?

Rivière Salée: On bosse sur un album en ce moment. En fait Monk et Rivière Salée, on fait des sons différents avec chacun son propre style, mais on joue toujours ensemble en live. On apprend chacun à jouer les morceaux de l’autre. Du coup on s’est dit que ce serait mieux de sortir un album ensemble pour que le public puisse associer un album à un live, et pas sortir un album chacun de son coté qui pourrait s’éloigner de l’expérience live.

L3D2LM : Monk et Rivière Salée, ça sonne bien !

Monk & Rivière Salée : Ouais ! L’album devrait sortir début 2018 avec une dizaine de titres. Artistiquement, le projet est bien avancé, on a pratiquement toutes les chansons, on en joue déjà plusieurs en live d’ailleurs . Mais il nous faut plus de temps pour bosser la partie communication et faire un beau lancement. Franchement il y a une telle concurrence aujourd’hui. C’est incroyable le nombre de sorties qu’il y a quotidiennement, des dizaines d’EPs, de tracks tous les jours, donc il vaut mieux prendre le temps de bien faire les choses. On veut que le projet Monk & Rivière Salée devienne le fer de lance du label, donc on soigne bien nos futures sorties, on bosse beaucoup le live, mais en plus on veut intégrer tous les nouveaux artistes dans le live, aussi bien LUKSEK (pas Yuksek) que le nouvel artiste qui sera révélé en Décembre. A terme, l’idée est de pouvoir faire des soirées dont le line-up complet sera assuré par Distile Records. A coté du Live, on bosse aussi un format DJ Set, plus léger en terme d’instruments, où on improvise au piano/guitare/synthé sur des compos originales et des tracks qui nous ont marquées dernièrement.

L3D2LM : Est-ce que Distile exporte déjà sa musique ? Vous pensez qu’il faut nécessairement se faire connaître dans son pays avant d’aller à l’étranger? on pourrait se dire qu’à l’âge d’internet c’est devenu plus facile d’avoir sa musique jouée partout dans le monde ?

Monk : Ben franchement, je pense qu’il vaut mieux bien réussir dans son pays d’abord. C’est sûr qu’avec internet tout est accessible partout et tu peux te retrouver avec une chanson qui tourne en soirée dans un autre pays. Un jour on a vu qu’un titre d’un de nos EPs était chanson la plus streamée de la journée à Hong Kong. Tu vois c’est marrant et ça fait plaisir, mais concrètement c’est le genre de choses qui se font un peu « malgré » nous. Il y a forcément un blog, ou un webzine, un DJ… quelqu’un qui a relayé l’info qu’il y avait une track sympa etc… Quand tu fais de la musique, tu as envie de la faire vivre, de faire kiffer les gens avec ta musique, et surtout t’as envie de le voir. C’est cool de voir sur un écran qu’on est écouté ici et là, mais il n’y a rien de mieux qu’être devant ton public, tu sens la foule réagir… c’est là que tu passes tes meilleurs moments.

Monk & Rivière Salée au Festival Maquisards – Juin 2017

L3D2LM : On peut dire que vous avez placé le live au centre de votre projet musical, c’est super. Avec l’avènement de la MAO (musique assistée par ordinateur), du streaming, de YouTube, la tentation de faire moins de live et plus de production bien tranquillement dans son studio est grande, d’ailleurs beaucoup le font, mais pas vous ?

Rivière Salée : Pour nous, c’est vraiment important de tourner pour que les gens puissent te voir et surtout voir comment tu joues ta musique. En plus, quand tu fais de la scène, tu te retrouves programmé avec des artistes qui ont un style plus ou moins proche et en cohérence avec la ligne artistique des organisateurs, et pour les gens qui sont venus les écouter eux, tu peux être la découverte de leur soirée ou de leur weekend et ils vont te suivre ensuite. C’est plus sympa de tourner pour ça aussi, et puis ça évite de se limiter au public purement « digital ».

Monk : Le live, ça nous permet aussi de faire évoluer les chansons. Chaque interprétation est différente et tu vois bien ce qui marche ou pas.

Rivière Salée : On en profite aussi pour tester des nouveautés.

L3D2LM : Vous jouez déjà les nouveaux titres de l’album prévu pour 2018 ?

Monk & RS : Il y a un titre qu’on joue depuis Novembre dernier. Deux ou trois autres sont souvent dans notre setlist aussi. En fait on pourrait pratiquement jouer tout l’album dès maintenant, mais on ne le fait pas parce que tout n’est pas complètement prêt non plus, et surtout on a plein de chansons des EPs précédents qu’on aime beaucoup jouer encore et il faut forcément faire des choix dans nos setlists. A chaque nouvelle date, on reprend le set à zéro pour que les gens qui nous auraient déjà vu ailleurs vivent un moment complètement nouveau. On ne se contente pas de revoir l’ordre des chansons, on les reprend vraiment, on les réinterprète, on les transforme, et puis on ajoute quelques nouveautés, le tout en essayant de s’adapter aussi au lieu et à l’heure de la programmation. Chaque live, c’est comme un marathon pour nous parce qu’on reprend tout à zéro pendant une semaine complète, mais on est content d’offrir un live différent à chaque fois !

L3D2LM : Le 3ème artiste principal chez Distile, Luksek, comment est-ce que vous l’avez connu ?

Monk : Je l’ai rencontré à une soirée organisée par le collectif Baltazar Musique et Beat à l’air. Il avait fait un carton en warm-up. J’ai écouté ce qu’il faisait et il a particulièrement retenu mon attention avec un remix du groupe finlandais Vakle que je trouvais très réussi. Du coup on est allé prendre un café, je lui ai parlé du projet de label qu’on était en train de monter et c’est comme ça qu’il a rejoint Distile. Depuis on a sorti un EP ensemble (après , on lui a organisé une release party au Pavillon des Canaux, on a même remixé un de ses titres. C’est un mec vraiment sympa, il est Italien, basé à Florence, mais on essaie de le faire venir à Paris aussi souvent que possible.

Rivière Salée : Le contact est tout de suite très bien passé avec Luksek, on a l’impression d’être avec un vieux copain en fait.

L3D2LM : Vous êtes à la fois artistes et label. Même si ce choix est de moins en moins rare, notamment par soucis d’indépendance artistique, vous disiez en début d’interview que c’est quand même très compliqué d’être présent sur tous les fronts. Est-ce qu’avec le recul de cette première année écoulée, vous pensez toujours que c’était la meilleure voie ?

Monk & Rivière Salée : Pas forcément. On est très content d’avoir lancé notre propre label parce que ça nous a fait mettre les mains dans plein d’aspects différents très vite. Ça nous a permis de garder le contrôle de ce qui se passe, les directions artistiques, le planning des sorties, les dates de live etc, mais oui c’est énormément de boulot. C’est compliqué de tout faire soi-même et maintenant qu’on a ce recul, on réalise à quel point un bon label peut faire économiser du temps à un artiste. Si toute la partie promo/marketing/distribution/etc est assurée, l’artiste a beaucoup plus de temps pour se consacrer à la musique, la composition, la préparation des lives. A l’inverse si tu as signé pour 3 ans avec un label et que rapidement tu te rends compte que tu n’es pas satisfait de leur façon de gérer ta musique ou ton image, tu te retrouves « coincé » pour 3 ans. C’est peut-être en partie pour ça qu’il y a une certaine méfiance de pas mal d’artistes vis-à-vis des labels aujourd’hui et pas seulement les majors… Ce n’est pas notre cas, mais c’était important pour nous de rester aux commandes. Avec le recul, faire son propre label n’est pas la meilleure solution parce qu’on voit bien qu’on est constamment sous l’eau mais c’est sûrement celle qui nous correspondait le mieux pour rester complètement aux commandes de notre projet.

L3D2LM : Un petit message à faire passer en conclusion ?

Rivière Salée : Oui ! Dites à Monk de ne plus changer de nom d’artiste svp ! Il a déjà changé deux fois, je pense que là on est pas mal.

Monk : Au départ j’étais The Red Monkey, puis THRDMNK, et puis enfin Monk. Comme un moine. Je me dis que c’est pas mal pour faire de la musique planante…

 

Pour plus d’infos et s’assurer de ne pas louper les actus à venir, on ne saurait que trop vous conseiller de suivre Distile Records, Monk, Rivière Salée et Luksek sur Facebook, YouTube, Instagram, Soundcloud, Spotify, Deezer. Vous pouvez évidemment les retrouver dans nos playlists Spotify !

 

Photographies par Inés Aramburo – Juillet 2017 (sauf photos en concert).

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