ADAM GREEN – PRETTY SONGS FROM THE ROTTEN APPLE

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Ecouter Adam Green, c’est un peu comme chercher son chemin dans un château en pain d’épice, sauf qu’à la place de petites têtes blondes on trouve n’importe quoi et n’importe qui. On s’est laissé tenter en voyant ces pochettes d’albums tout en collages infantiles, dessins marrants et surtout la tronche ahurie de ce type qui a l’air d’un gosse plein de malice. Et puis on connaît les Moldy Peaches, au moins la chanson «Anyone Else But You» qui connu une seconde jeunesse avec la soundtrack de Juno. Du bon folk d’ados attardés (dans le bon sens du terme) dont les chansons nous donnent une formidable envie de les imaginer dans leur chambre une guitare à la main, une cigarette en cachette au bec. Les murs sont tapissés de groupes indies, les rideaux tirés. On rêve presque de cette jeunesse insouciante. Bref, on fantasme.

 

 

Vient Adam Green, avec ses pochettes étranges et sa carrière solo. Il a gardé sa guitare pour accompagner ses ballades popisantes et on identifie très vite cette voix grave qui parfois mue dans les aigus pour nous chatouiller l’ouïe avec une sensibilité étonnante. Mais très vite on découvre son côté Anti-Folk, mouvement consistant à reprendre les codes de la scène pop/folk des années 60 pour mieux les retourner et leur tordre le cou. Aïe. Les soit-disantes ballades semblent tout à coup trop jolies, polies. On se met à tendre  l’oreille. Les accompagnements de violons de Friends Of Mine sont enchanteurs et on admire ce sens de la mélodie. Les touches de piano électronique (Wurlitzer) font étinceler Gemstones pour en sortir une folk rapide et efficace. D’où nous vient alors ce malaise qui n’est, au passage, pas si dérangeant ?

 

 

Un rapide coup d’oeil aux paroles achève notre innocence auditive. Adam s’amuse à déconstruire les thèmes qu’il évoque. Ses chansons d’amour sont d’autant plus belles qu’elles sont pourries. Ses histoires surréalistes nous entraînent dans l’envers du décor. Les princesses sont malheureuses et le chevalier un junkie en manque. Son amour des drogues scandé à tue tête côtoie de nombreuses références à la pop culture. Et tout ce qu’on trouve à faire, c’est battre la mesure avec une irrésistible envie de danser sur Crackhouse Blues. C’est ce qui s’appelle se faire avoir dans les grandes largeurs. Oublié, le malaise, on se laisse prendre au jeu qui soudain, n’a plus rien d’enfantin. On ouvre avec  plaisir cette porte pleine de promesses au dessus de laquelle est simplement inscrit «Adults Only». En connaissance de cause, on s’y perd pour mieux s’y complaire. Green est de ces rares artistes dont la musique nous fait donne accès à notre propre noirceur.

 

 

En fait de coffre à jouets, on déniche un recueil punk et underground. En y prêtant l’oreille, les chansons deviennent tour à tour évidentes, simplistes ou débiles, mais tendent toutes vers un nihilisme artistique et enfumé. L’autodestruction est présente chez Adam Green, la dépression, les substances douteuses, la peinture et la sculpture aussi, les histoires d’amour à choix multiples. Plusieurs facettes qui s’offrent à nous tel un diamant noir que l’on tourne entre nos doigts fébriles. A force de chercher un sens, on le perd et il s’échappe en gambadant dans son château de pain d’épice. On l’avait oublié, celui-là, ses murs sucrés et son atmosphère pleine de miel et de bonne humeur. Et pourtant. En prenant une dose de recul, on comprend enfin que tous les aspects de la musique d’Adam Green sont indissociables. On n’a plus qu’à prendre sa musique pour ce qu’elle est, tout en fantasmant ce qu’elle n’est pas. Tiens, on retrouve le fantasme de la chambre d’ado.

http://www.youtube.com/watch?v=mhEqljyZdS8

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