Les Trois Doigts de la Main - L3D2LM

Juan Cirerol, musicien des frontières

Juan Cirerol est un jeune Mexicain de 25 ans originaire de Mexicali en Basse-Californie, ville frontalière adossée à la petite ville américaine de Calexico et connue tant pour ses pics de chaleur que pour ses restaurants chinois (je sais que c’est bizarre mais je vous promets que c’est vrai). Artiste semblant venir d’une autre époque, il séduit par sa musique, son écriture et son personnage.

Bien évidemment, lorsqu’on voit un jeune d’une vingtaine d’années scander des paroles de chansons avec autant de conviction puis s’exciter sur une guitare acoustique et simultanément s’époumoner dans un harmonica, on pense tout de suite au grand Dylan, ou plutôt à ses débuts, et on peut être tenté de se dire qu’il ne s’agit probablement que d’un énième fan imitant son idole. Cirerol est plus que cela.

Juan Cirerol

Initié à la musique par sa famille, notre artiste du jour découvre très jeune les grands noms de la musique traditionnelle du nord du Mexique (Cornelio Reyna, Ramon Ayala sont notamment cités comme d’importantes influences) et voue la même admiration aux artistes qui se produisaient, à la même époque et dans un style parfois assez semblable, de l’autre coté de la frontière (Johnny Cash, Hank Williams). C’est pourtant une approche très différente qu’adoptera le jeune Juan pour débuter dans la musique puisqu’il commence à jouer de la batterie dès l’adolescence dans des groupes de punk rock de Mexicali. En parallèle, il se met à écrire des poèmes et revendique à ce sujet l’influence de Charles Bukowski, poète et romancier californien et alcoolique notoire au parcours chaotique, célèbre (entre autres) pour son Journal d’un vieux dégueulasse ainsi que pour ses Contes de la folie ordinaire.

Et puis “un beau jour” comme il le dit lui-même, il a décidé d’écrire des chansons et de les jouer en public. Ses compositions mélangent ses styles de prédilections: il chante en espagnol, en déployant sa voix au maximum dans la plus pure tradition “Norteña”, mais sur des rythmes de guitares souvent plus proches de la country music américaine et du blues que de la musique traditionnelle mexicaine à strictement parler, le tout avec un harmonica des plus “dylaniens” qui ne le lâche que très rarement, et une énergie, un panache qui témoignent bien de son attachement à la musique punk. N’ayant à l’époque aucune renommée, il commence par se produire dans la rue à l’extérieur des bars et salles de concert pour capter une partie de l’auditoire venu écouter initialement un autre artiste (celui se produisant à l’intérieur). La patte de l’artiste se développe encore un peu plus avec une guitare 12 cordes qui ne le quittera plus. Le bouche-à-oreille et l’internet aidant, le jeune musicien se fait rapidement remarquer et enregistre en 2009 un premier album avec le label indépendant mexicain vale vergas records un premier album intitulé “Ofrenda al Mictlan”.

A l’image de cette chanson qui en est extraite, cet album rentre dans la tradition de plusieurs succès de la “folk music” en cela qu’il est si simple et pourtant si touchant. Des paroles tellement simples, sorties de la vie de tous les jours, qu’elles touchent nécessairement toute personne y prêtant attention. Des chansons qui parlent du quotidien donc, et aussi de la société et de ses travers, mais sans aucune prétention, dans un esprit de narration plus que de jugement. Le tout avec un rythme et un son tellement folkloriques qu’on est surpris que leur compositeur soit aussi jeune.

cirerol

De là, les concerts et les festivals se succèdent, et en 2012 sort un second album encore meilleur que le premier et intitulé “Haciendo leña”. Meilleur car plus travaillé et plus diversifié sur le plan de l’écriture. Les chansons sont à la fois plus graves pour certaines, notamment celles parlant des problèmes de drogues particulièrement récurrents à la frontière entre les États-Unis et le Mexique (écouter Metafeta ou El Corrido de Roberto par exemple) et plus légères pour d’autres comme cette ballade folk à la limite de la chanson d’amour: La Muchacha de las Tierras Lejanas. Vous noterez que l’intro de cette chanson ressemble à s’y méprendre à du Johnny Cash, ce qui n’est pas pour nous déplaire, loin de là.

Juan Cirerol finit de nous séduire par son attitude désinvolte. Malgré sa côte de popularité, il a récemment déclaré dans une interview n’en avoir rien à faire de sa carrière du moment qu’il puisse toujours jouer sa musique, boire et être entouré de ses amis et de jolies jeunes femmes. A peine âgé d’un quart de siècle, il réussit à combiner avec talent une voix, des textes à la fois beaux et simples en espagnol et les musiques traditionnelles folkloriques de deux pays frontaliers, le tout avec un état d’esprit punk qui s’assume. Musicien faisant habilement bouger les frontières, Juan Cirerol semble tout simplement vivre sa vie et son art comme il l’entend, un peu comme pour dire “Never Mind The Bollocks”, mais avec un peu plus de poésie.

Maxime

Co-fondateur du projet L3D2LM. Aspire secrètement à conquérir le monde.
Se passionne de musique en attendant de trouver le meilleur moyen pour y arriver.
Vous souhaite une bonne journée.

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Newsletter