Hoodie Allen: rappeur sans label recherche fans pour conquérir le monde.

Jouissant encore d’un certain anonymat en Europe, Hoodie Allen fait de plus en plus parler de lui chez nos amis américains. En activité depuis 2009, le musicien séduit pour différentes raisons, aussi évidentes que sa musique catchy mêlant hip-hop alternatif et pop mainstream à la sauce US ou bien son air gentil, poli, presque candide, qui contraste avec sa musique et ses paroles, et puis surtout la proximité qu’il entretient avec ses fans. Pourtant il y a un élément qui le distingue radicalement de tous les artistes actuels pouvant revendiquer une popularité comparable: Hoodie Allen n’a pas de maison de disques. Il travaille sans label, sans manager ou autre contrainte à l’épanouissement artistique. Sa musique et ses vidéos sont pourtant à des années-lumières d’un certain « amateurisme low-tech » (plein de charme, au demeurant) auquel les artistes indépendants nous ont habitués et qui fait généralement foi de l’authenticité de leur travail.

 

« wie man wird, was man ist » (Fredo le rigolo, 1888)

Steven Markowitz ne semblait pas destiné à faire carrière dans la musique, et encore moins dans le hip-hop. Né à New York en 1988, il grandit à Long Island dans un foyer sans histoires puis s’en va en Pennsylvanie bénéficier des enseignements de la fameuse Business School de l’université de Wharton. Pendant son stage au sein d’une entreprise américaine vaguement connue pour son moteur de recherche (indice chez vous: Google), il commence à mener une sorte de double vie en partageant son temps entre un travail assez exigeant et sa passion pour la musique, de plus en plus prenante. Comme ça devient rapidement épuisant d’écrire des chansons, de les enregistrer et de les diffuser en ligne la nuit tout en étant au bureau la journée, le jeune new-yorkais finit par choisir une carrière au détriment de l’autre et Steven Markowitz devient alors Hoodie Allen à temps plein. Un pari pas aussi risqué qu’il en a l’air. En effet en 2010, le projet « Hoodie Allen » commence déjà à se faire une petite place sur la scène underground du hip-hop de la côte Est, grâce à deux mixtapes et un premier hit I am not a robot, au clip auto-produit visible ci-dessus. Les opportunités de se produire sur scène aident notre artiste du jour à franchir le Rubicon et il sort en 2011 une mixtape bien nommée Leap Year, qui symbolise le passage à une nouvelle étape. Un titre se démarque rapidement et fera découvrir l’artiste par un public encore plus large:

La musique est très accrocheuse et rappelle celle de nombreux artistes ayant peuplé les charts américains et mondiaux avant lui. Sauf que les grandes stars dont semble s’inspirer Hoodie Allen avaient, et ont encore, le soutien d’une grande maison disque avec toute la puissance marketing et les réseaux de distribution que cela sous-entend. La vraie performance de Hoodie Allen réside dans sa capacité à percer malgré son obstination à se débrouiller seul. Sans label ni manager, mais pas complètement seul… Le gentil rappeur au sourire colgate peut compter sur l’aide de ses fans. Ces derniers se chargent bien volontiers de distribuer les flyers des concerts, de participer aux clips et contribuent à faire connaitre leur idole qui le leur rend bien en communiquant sans cesse avec eux par les réseaux sociaux, tout particulièrement Tweeter.

Slurp!

Slurp!

Le fantasme de l’artiste indépendant, entièrement produit sur le modèle « Do It Yourself », se réalise et se prolonge grâce à l’album sorti en 2012 et baptisé All American. Avec des chansons résolument mainstream, mais la même attitude d’indépendance et presque de provocation vis-à-vis des majors qui le courtisent, Hoodie Allen s’implante une bonne fois pour toutes dans le paysage musical nord-américain. Les 30 000 copies prévues s’écoulent rapidement et les heureux acheteurs recevront chacun un appel de leur rappeur préféré pour les remercier. J’imagine que ce dernier a un bon forfait téléphonique. La rumeur dit qu’il serait toujours, un an après, en train de passer des coups de fils pour venir à bout de la liste aux 30 000 noms.

 

Fame is for assholes

Si All American a aussi rapidement grimpé dans les charts US, ce fut tout de même au prix d’une certaine uniformisation des titres, qui bien que tous très bons, s’inscrivaient clairement dans une logique de conquête, avec des paroles beaucoup plus conventionnelles que sur les précédentes compositions.

Quand il a une idée derrière la tête...

Quand il a une idée derrière la tête…

Le dernier album de Hoodie Allen frappe encore plus fort. Tout en continuant de porter l’artiste et sa côte de popularité de plus en plus haut, il semble renouer avec la créativité et le second degré des débuts. Pour vous en convaincre, vous pouvez télécharger l’album gratuitement sur le site de l’artiste. L’excellent Cake Boy dont vous pouvez voir la vidéo juste au bas de ce paragraphe est le premier single extrait de Crew Cuts, sorti en février 2013.  Appréciez la profondeur des textes: « You’re offended? I ain’t even askin’, Im too busy fuckin’ these older women like Im Ashton ».

Avec son flow travaillé, son goût du beat catchy et ses paroles pleines d’humour, Hoodie Allen navigue entre un son très pop et un rap bien écrit, souvent décalé ou sarcastique. C’est une combinaison gagnante, comme le montre ce nouvel extrait du dernier album. Réalisé en duo avec Chiddy Bang, le titre Fame is for assholes est l’autre très bonne surprise de Crew Cuts, notamment grâce à la mélodie de fond et à la vidéo représentant Hoodie Allen de façon modérément crédible en joueur de Basket. L’oreille avertie ou non est immédiatement hameçonnée par cette chanson. Un peu inspirée par les gourous du rap commercial que sont Akon ou Sean Kingston, surtout au début, mais tellement drôle et habile qu’on pourrait presque être tenté de l’associer à des artistes plus satiriques type The Lonely Island, et avec une qualité d’écriture ne souffrant la comparaison avec aucun des exemples cités.

Désormais célèbre dans toute l’Amérique du Nord, sur YouTube, Tweeter et Facebook, Hoodie Allen risque très probablement de réaliser son rêve en passant une soirée sur le plateau de Jimmy Fallon prochainement. C’est tout ce qu’il nous reste à lui souhaiter en attendant qu’il vienne nous voir de ce coté-ci de l’Atlantique. Une tournée européenne est en effet prévue à la fin de cet été, avec une date à La Maroquinerie de Paris le 12 septembre.

Meanwhile in the kitchen...

Meanwhile in the kitchen…

Hoodie Allen n’est, ni le premier, ni le dernier, à revendiquer une telle indépendance vis-à-vis de l’industrie traditionnelle du disque (je vous recommande le très bon article de Michael Atlan sur Slate pour plus d’infos sur le sujet). Plusieurs artistes plus ou moins en vogue ont fait le même pari, à l’instar de l’anglais Alex Day ou de l’américaine Kina Grannis, guitariste et chanteuse ayant sorti il y a un peu plus d’un mois un titre en collaboration avec Allen: Make It Home. Cependant le record de longévité et de popularité, toujours sans l’intervention d’aucun label, lui appartient sans l’ombre d’un doute et cela suffit à imposer le respect et l’admiration d’un public grandissant.

On se quitte en musique avec Make It Home, composition la plus récente parue à ce jour et prometteuse quant à l’avenir du hip-hop alternatif et indépendant:

 

 

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *