Le Mystère de La Femme enfin dévoilé [Album Review]

La Femme est revenue. Un retour fracassant avec 15 nouveaux titres (dont 3 avaient été dévoilés au cours de cet été) qui envoutent et séduisent. Si vous vous êtes intéressés, même de loin, à la scène française de ces dernières années, vous n’avez pas pu manquer le groupe auquel on se consacre aujourd’hui. On en parlait dans ces pages dès les premiers EPs en 2012 et 2013 qui ont façonné la marque du groupe: un mélange de surf rock, de pop-électro riche en synthés aux sons « new wave » et des textes loufoques et inquiétants. Puis il y a eu l’album Psycho Tropical Berlin paru fin 2013 qui confirme l’essai et propulse La Femme à la place qui est sienne, l’avant-poste de la pop, avec des titres qui se sont depuis ancrés dans la culture pop de toute une génération (Sur la planche, Antitaxi, Nous étions deux et plus). Devant ce succès fulgurant (mais bien mérité), et après un nombre incalculable de concerts, de clips déjantés et même une victoire de la musique en 2014, le défi du 2nd album pourrait être un écueil dangereux. Mystère.

Danser sous acide

Sphynx ouvre l’album en charades psychédéliques. Les premiers mots que l’on entend dans cette chanson, et donc dans l’album, sont « Danser sous acide ». C’est effectivement le sentiment que procure ce titre, très électro-psychédélique, en vous hypnotisant dès les premières secondes comme pour préparer le trip que sera l’écoute du fameux Mystère. Comme l’ont avoué sur France Inter les membres du groupe, ils s’attachent à brouiller les pistes de leur musique en faisant se succéder sur l’album comme dans les sorties de clips des univers très différents. Ainsi, le 2nd titre de l’album, Le vide est ton nouveau prénom, est une jolie ballade, calme et mélancolique, inspirée de la chanson française époque yéyé (pensez par exemple aux débuts de Françoise Hardy ou Sylvie Vartan, début des années 60). La règle reste vraie tout au long de l’album, avec l’alternance de rythmes effrénés à vous faire danser et sauter dans tous les sens comme un petit cochon d’Inde sous Redbull (Sphynx, Tatiana, SSD, Mycose), et de titres plus calmes mais tout aussi bons, comme « Où va le monde? », autre exemple de titre à la production musicale relativement simple, très inspirée « chanson française 60’s / yéyé » également.

Mais où va le monde?

Vous l’avez compris. Il n’y a aucun écueil dans cet album. Le seul mystère, c’est peut-être celui de savoir comment les joyeux comparses de La Femme parviennent à rester à l’avant-garde de la musique française. La Femme semble toujours avoir un coup d’avance et ses délires musicaux et vidéos sont autant de brèches dans lesquelles viennent s’engouffrer ensuite d’autres artistes ou groupes. Comme précédemment, La Femme conserve une pate bien à elle, avec le plein de synthés bien rétro, une ambiance 80’s / New wave, une base surf rock aussi, mais enrichit cet univers de nouvelles influences (musique yéyé, musique orientale sur Al Warda, musique électronique sur Sphynx ou SSD, rock progressif sur le très bon et planant Vagues) s’exprimant ici et là sur l’album Mystère. La Femme séduit car elle vous enlace, vous embrasse et vous immerge dans son univers. Les titres, les vidéos, les concerts, tout correspond à un univers immersif, et converge vers un empire du bizarre, du loufoque, du psychédélique. On notera que les textes sont devenus moins insouciants qu’auparavant, laissant transparaitre une certaine gravité, comme si La Femme avait grandi, avec tout ce que cela implique d’expériences diverses. Si beaucoup continuent sur la lancée du délire psycho-tropical, de l’humour décalé ou de la rime forcée, certains sont un peu plus profonds qu’ils ne paraissent. Ce sont ironiquement les titres qui semblent les plus innocents (voire curieusement enfantins), qui au gré des couplets, prennent la tournure la plus nostalgique et mélancolique, à mesure que leur signification véritable se déroule. Le très approprié Septembre en est l’illustration parfaite.

En conclusion et pour enfoncer une porte ouverte, Mystère est l’album à écouter en priorité pour cette rentrée musicale 2016. Si vous l’écoutez en support physique (CD ou vinyl), sachez que La Femme vous a mitonné une petite surprise supplémentaire à découvrir: une chanson cachée qui démarre toute seule à la fin du dernier titre de l’album « Vagues ». Intitulé « Always in the sun », cette chanson est la première que propose La Femme en anglais, et porte ainsi le nombre de pistes à 16 (mais bon, sur Spotify, la surprise est apparente d’emblée comme une piste à part entière, désolé). Mystère est publié chez Barclay et disponible à la vente depuis ce vendredi 02/09, et en écoute sur toutes les plateformes de streaming, y compris donc dans les délicieuses playlists Spotify des Trois Doigts de la Main. Bonne écoute!

La Femme au complet

La Femme au complet

 

Petit bonus pour se la péter: on peut ne pas y prêter attention, mais la couverture de l’album est une ré-interprétation de l’Origine du Monde, célèbre tableau de Gustave Courbet que La Femme avait déjà mis à l’honneur en couverture de son premier EP. Comme quoi il y a des idées fixes…

[EP Review] Small Culture / Big Fun

Small Culture est un projet Indie Pop basé à San Diego. L’EP éponyme dont on parle ici est sorti en Juin dernier et fleure bon le soleil Californien, un peu dans la lignée de certains groupes Indie Pop à la sauce West Coast comme Young The Giant, Foster The People, Grimes, ou même les rockeurs de Grouplove, mais s’inspirant aussi de groupes européens comme Two Door Cinema Club, Sigur Ros, Bombay Bicycle Club.

Fondé en 2015, le groupe Small Culture nait d’abord dans l’esprit de Jerik Centeno, musicien et producteur californien. Dans le cadre de sa scolarité au Art Institute of California à San Diego, il a été amené à composer et produire plusieurs titres, et c’est finalement pour un projet de fin d’études que ces titres sont retravaillés et rassemblés dans un cadre cohérent. Comme on peut s’en douter à l’écoute des 4 titres (+intro) de cet EP, Centeno maîtrise vraiment son sujet. Le titre Synthetica ci-dessus illustre bien le cocktail Ingénieur du son / formation classique / aspirations modernes qui marche visiblement très bien (surtout dans le shaker des influences musicales de la Californie du Sud) et l’imbrication de sons électroniques dans des instrus soignées, combinée avec l’inévitable vibe californienne festive, produit un son décrit par l’artiste lui-même comme kaléidoscopique.

Jerik Centeno / Small Culture

Jerik Centeno / Small Culture

Si l’EP est bel et bien une œuvre qui a du sens dans son ensemble avec une humeur qui, tout en évoluant d’une piste à l’autre, conserve tout de même un ton général cohérent, un titre parvient à se détacher par son caractère euphorisant. Too Late est un titre Indie Pop aux influences plus diverses que le reste de l’EP. On y trouve le coté pop californienne dans les couplets, une touche artisanale avec les chœurs accompagnant les refrains et solos, mais aussi un influence latine marquée par le rythme très dansant de la chanson, et un riff de guitare complètement dans la veine des chansons de Surf Rock… Si Small Culture est un joli filon musical que l’on a hâte de creuser à l’avenir, la première pépite déjà extraite est clairement Too Late. Une très jolie pépite aux multiples facettes qui fait d’ailleurs un peu penser aux Californiens (eux aussi!) de Salt Petal.

Ce premier EP prometteur fait vraiment espérer que le cerveau du groupe, Jerik Centeno, poursuivra ce beau projet au delà de ses années étudiantes. Au final, ce premier EP de Small Culture nous ferait presque paraphraser Voltaire et croire que le travail [scolaire] peut effectivement être le père du plaisir. Si vous n’avez pas eu votre dose de vacances, de soleil, de fête, (ou de philosophie détournée) Small Culture peut sans doute vous aider. L’EP est disponible sur Soundcloud, Bandcamp, iTunes et sur Spotify dans les playlists des Trois Doigts de la Main!

 

[track review] Oupos par Judy

Judy, le trio Rémois dont on vous parlait déjà ici, ou encore , annonce un 2nd EP pour Septembre 2016. Un single extrait de cet EP est déjà paru cette semaine et présage un revirement musical inattendu. Le titre en question, « Oupos », reste difficilement classable, même après plusieurs écoutes. Il pourrait bien être le marqueur de l’évolution du groupe vers une musique plus complexe. En effet, alors que le 1er EP du groupe « Enjoy » respirait clairement le soleil et la bonne humeur avec un son electro-pop enjoué et dansant, cette nouvelle chanson adopte un style « slow electro » très différent, plus sombre, aux rythmes hip-hop et sonorités trap.

Une atmosphère ténébreuse et éthérée entoure Oupos dès les premières secondes, et les paroles énigmatiques « Oupos, You work harder and run faster, it’s your ethos » achèvent d’enfoncer le clou. Soudain, des basses profondes se lèvent de l’obscurité et la batterie défie alors les synthés dans une production soignée, collaboration de Judy avec le producteur rémois Slowglide. L’ambiance angoissante (et captivante) qui s’en dégage n’a rien à envier aux instrus de « dark hip hop » qui ont fait le succès d’artistes comme Tyler The Creator et ses camarades du collectif Odd Future Wolfgang Kill Them All. Et puis la mélodie, comme tourmentée, revient dans un écho brumeux et planant.

 

Judy en Janvier 2016 - Indie Seine vol.2 Crédit Photo: Margaux pour L3D2LM

Judy en Janvier 2016 – Indie Seine vol.2
Crédit Photo: Margaux pour L3D2LM

 

En seulement 3:15 min, Oupos séduit, inquiète et passionne avec fracas, le tout non sans un certain panache. On peut donc vraisemblablement miser sur un 2nd EP plus expérimental, plus audacieux, plus sombre. On le saura prochainement. En attendant, le titre Oupos est de très bon augure et nous tient en haleine, avec l’envie d’écouter les autres créations de Judy. Le trio venu de Reims était à Paris en Janvier dernier à l’occasion du concert Indie Seine organisé par Les Trois Doigts de la Main. « Oupos » en live est encore plus puissant que la version studio et confirme, si on en doutait, le potentiel énorme de Judy.

 

 

Crédit photo du groupe en une: Mohé / Maxime Prangé. Plus d’infos ici: www.maximeprange.wix.com/mohe