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[Album Review] Moctezuma, le retour gagnant de Porter

Pour ceux qui n’ont pas pu partir en vacances pour des raisons d’hiver, pardon, diverses, voici un billet qui vous fera voyager, loin, en musique, jusque de l’autre coté de l’océan. Porter est un groupe mexicain que l’on pourrait classer comme alternatif, et même expérimental. Plantons un minimum de décor avant de parler de Moctezuma, l’album qui nous intéresse aujourd’hui.

 

Porter vient de cette ville très difficile à prononcer.
Porter vient de cette ville très difficile à prononcer.

 

Dès sa formation en 2004, pourtant passablement inconnu à l’époque, Porter se fait remarquer avec un premier EP Donde los ponys pastan (Là où les poneys paissent) qui reçoit un excellent accueil tant critique que de la part du public. Le succès ne se faisant pas attendre, un premier album parait dès 2007, sur le label indépendant mexicain “3er piso records” qui avait déjà produit l’EP trois ans plus tôt. Quelques jours avant la sortie officielle de Atemahawke au mois de Mai, Porter enflamme le festival Vive Latino, qui a lieu tous les ans à Mexico City. Sachant que ce festival est déjà bien épicé à la base (con chile y limoncito), on peut considérer que Porter est au sommet de son art à l’été 2007. Sauf que… c’est à ce moment là que le chanteur emblématique du groupe, Juan Son, décide que ça ne le passionne plus tant que ça de jouer et chanter avec Porter. Alors déjà, sympa le mec… l’atout vocal du groupe devient une véritable épine de cactus plantée dans leurs petits pieds. Après quelques mois de collaboration cordiale mais sans enthousiasme le groupe annonce sa dissolution en 2008 et chacun s’attelle à la poursuite de son projet solo.

Dans un monde sans rebondissements, ou encore dans un monde où ce webzine publierait des articles inintéressants, ou comme on dit dans le jargon technique “de chiottes”, ce serait la fin de mon post. Fort heureusement nous ne vivons dans aucun de ces deux univers parallèles (enfin, on croise les doigts…).

 

"Regardez les gars, une chronique sur nous par Les Trois Doigts de la Main!"
“Regardez les gars, une chronique sur nous par Les Trois Doigts de la Main!”

 

Voy a volar con el ave sagrada

On en arrive ainsi à la vraie raison de cet article. Tel un phénix, Porter renaît de ses cendres en 2013 et sort son second album dès 2014 au Mexique avant une sortie mondiale en mars 2015 (pas plus tard que cette semaine). Le chanteur a été remplacé (qui part à la chasse…) et le groupe semble avoir pris un cap un petit peu différent, et devinez quoi? Le résultat est très bon. Moctezuma s’écoute comme la rencontre – pas si évidente que ça – du rock latino, du style Indie electro/pop très en vogue ces dernières années, de la musique et de la culture folkloriques mexicaines. L’album, dont le titre fait référence à l’empereur Aztèque Moctezuma II, est construit comme un hommage au Mexique pré-hispanique. Les pistes se suivent, ne se ressemblent pas et on se surprend à imaginer le choc de deux civilisations lorsque les espagnols menés par Cortés sont tombés nez à nez avec les Aztèques, alors à leur apogée, le tout au son de synthés tonitruants. L’anachronisme des textes, des ambiances et des sons justifie à lui-seul tout l’album. Ci-dessous une illustration de tout ça avec la vidéo magnifique de Huitzil.

 

 

No vienen en paz

Mais Moctezuma ne s’arrète pas là. A l’image de Murcielago qui ouvre l’album, chaque titre a son lot de changements de rythmes et ou de mélodies à des moments où l’on ne s’y attendrait pas. Des bruits d’oiseaux tropicaux, d’animaux sauvages ou de coup de feux de carabines espagnoles (écouter notamment M Bosque) viennent ponctuer des textes qui évoquent un choc inattendu, des cauchemars (écouter Huitzil), la douleur de séparations ou de pertes d’un proche (écouter Huracancun). Des textes qui semblent nous mettre dans la peau d’un survivant qui témoigne de la conquête espagnole, sans jamais y faire directement référence et avec autant d’anachronismes que peuvent en suggérer de leur coté les guitares, synthés, batteries, beats et samples électroniques (écouter Rincon Yucateco). L’album se referme sur une touche plus pop avec Palapa, premier single extrait de l’album et dont la vidéo montre les membres de Porter participer à un rituel chamanique (normal…).

 

 

Moctezuma, déjà disponible sur Spotify (et donc dans nos playlists), se distingue des précédentes productions de Porter, mais aussi et surtout de la plupart de ce que les radios et autres médias impitoyables de tous bords servent à nos oreilles innocentes. L’album est à ranger quelque part entre Crystal Fighters et Café Tacuba, mais on l’écoute sans modération et on ne prévoit pas de le ranger tout de suite.

 

Moctezuma II, empereur Aztèque et fan de musique expérimental.
Moctezuma II, empereur Aztèque et fan de musique expérimentale.

 

Maxime

Co-fondateur du projet L3D2LM. Aspire secrètement à conquérir le monde.
Se passionne de musique en attendant de trouver le meilleur moyen pour y arriver.
Vous souhaite une bonne journée.

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