Hang: l’impressionnant et versatile album de Foxygen

Foxygen, le projet californien formé autour du duo Sam France / Jonathan Rado, a sorti fin Janvier un 4ème album des plus intéressants, près de 3 ans après la phase un peu brouillonne de leur 3ème opus “And Star Power” qui, malgré quelques très bons titres, n’était pas arrivé à la cheville de leur brillant “We are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic“. Il semble que c’était le temps nécessaire pour proposer un album réussi: le résultat est grandiose, Hang est bien dans la lignée de “21st Century…” mais pousse l’expérimentation encore un peu plus loin…

En seulement 8 pistes, Hang fait oublier les errements du précédent album et propose une expérience musicale d’une qualité rare. Les éléments qui ont fait le succès de Foxygen sont toujours là (une ambiance rétro 60s/70s, des mélodies accrocheuses, le chant très 70’s lui aussi de Sam France qui rappelle Mick Jagger ou Lou Reed), mais dès “Follow the leader” qui ouvre l’album, et encore plus avec le très bon “Avalon” qui le suit, on comprend que le duo californien est allé plus loin qu’avant dans ses compositions. Ce nouvel album brille vraiment par les arrangements musicaux, complets et complexes.

Enregistrés à l’aide d’un orchestre classique, les chansons de Hang regorgent de violons, violoncelles, de cuivres divers, de bois, de tambours et percussions, claviers, en plus des habituels pianos, guitares, basses, batterie. Les 2 comparses en ont donc profité pour prolonger leurs explorations musicales: changements de rythmes progressifs ou abrupts, changements de style successifs dans un même titre (comme dans Avalon ou le très bon et un brin subversif America): on passe du rock au jazz, de Los Angeles à la Nouvelle-Orléans, du solo de guitare électrique au solo de claquettes… bref, la créativité de Foxygen et le talent du chef d’orchestre et arrangeur Trey Pollard font très bon ménage et l’époque de laquelle s’inspire l’album devient très difficile à définir précisément.

Sam France avec les trois doigts de sa main, au Trabendo (25/02/2017)

Foxygen était sur la scène du Trabendo à Paris ce samedi 25 février, et L3D2LM a pu en profiter pour les rencontrer et écouter Hang en live. Si l’orchestre n’était pas au complet (en tournée à l’étranger, ça doit pas être pratique), le résultat n’en était pas moins exceptionnel. Les 8 musiciens sur scène on  bien retranscrit toute l’émotion, le groove, le(s) style(s) et les humeurs de cet album versatile. La présence scénique assez excitée qui a fait la réputation du chanteur Sam France était bien au rendez-vous et contribue aussi à l’expérience de Foxygen en live. L’influence de groupes comme les Rolling Stones, le Velvet Underground, ou plus récemment Adam Green est d’ailleurs autant visible dans le jeu de scène qu’à l’écoute de l’album.

Hang est disponible sur Spotify depuis Janvier dernier et vous pouvez retrouver nos chansons préférées dans les playlists des Trois Doigts de la Main. Pour acheter l’album en digital, CD, vinyle, cassette, cliquez ici, et pour plus d’infos sur Foxygen, cliquez ici. Merci pour votre lecture et à bientôt 🙂

Live au Trabendo – 25/02/2017

#funfact pour ceux qui ont lu jusqu’en bas de la page: Sur le titre Avalon (pas encore sur YouTube, désolé), la basse, les percussions, les chœurs et les claquettes sont assurés par les frères D’Addario, plus connus sous le nom de The Lemon Twigs. Une collaboration qui préfigurait déjà le résultat final!

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Le Mystère de La Femme enfin dévoilé [Album Review]

La Femme est revenue. Un retour fracassant avec 15 nouveaux titres (dont 3 avaient été dévoilés au cours de cet été) qui envoutent et séduisent. Si vous vous êtes intéressés, même de loin, à la scène française de ces dernières années, vous n’avez pas pu manquer le groupe auquel on se consacre aujourd’hui. On en parlait dans ces pages dès les premiers EPs en 2012 et 2013 qui ont façonné la marque du groupe: un mélange de surf rock, de pop-électro riche en synthés aux sons “new wave” et des textes loufoques et inquiétants. Puis il y a eu l’album Psycho Tropical Berlin paru fin 2013 qui confirme l’essai et propulse La Femme à la place qui est sienne, l’avant-poste de la pop, avec des titres qui se sont depuis ancrés dans la culture pop de toute une génération (Sur la planche, Antitaxi, Nous étions deux et plus). Devant ce succès fulgurant (mais bien mérité), et après un nombre incalculable de concerts, de clips déjantés et même une victoire de la musique en 2014, le défi du 2nd album pourrait être un écueil dangereux. Mystère.

Danser sous acide

Sphynx ouvre l’album en charades psychédéliques. Les premiers mots que l’on entend dans cette chanson, et donc dans l’album, sont “Danser sous acide”. C’est effectivement le sentiment que procure ce titre, très électro-psychédélique, en vous hypnotisant dès les premières secondes comme pour préparer le trip que sera l’écoute du fameux Mystère. Comme l’ont avoué sur France Inter les membres du groupe, ils s’attachent à brouiller les pistes de leur musique en faisant se succéder sur l’album comme dans les sorties de clips des univers très différents. Ainsi, le 2nd titre de l’album, Le vide est ton nouveau prénom, est une jolie ballade, calme et mélancolique, inspirée de la chanson française époque yéyé (pensez par exemple aux débuts de Françoise Hardy ou Sylvie Vartan, début des années 60). La règle reste vraie tout au long de l’album, avec l’alternance de rythmes effrénés à vous faire danser et sauter dans tous les sens comme un petit cochon d’Inde sous Redbull (Sphynx, Tatiana, SSD, Mycose), et de titres plus calmes mais tout aussi bons, comme “Où va le monde?”, autre exemple de titre à la production musicale relativement simple, très inspirée “chanson française 60’s / yéyé” également.

Mais où va le monde?

Vous l’avez compris. Il n’y a aucun écueil dans cet album. Le seul mystère, c’est peut-être celui de savoir comment les joyeux comparses de La Femme parviennent à rester à l’avant-garde de la musique française. La Femme semble toujours avoir un coup d’avance et ses délires musicaux et vidéos sont autant de brèches dans lesquelles viennent s’engouffrer ensuite d’autres artistes ou groupes. Comme précédemment, La Femme conserve une pate bien à elle, avec le plein de synthés bien rétro, une ambiance 80’s / New wave, une base surf rock aussi, mais enrichit cet univers de nouvelles influences (musique yéyé, musique orientale sur Al Warda, musique électronique sur Sphynx ou SSD, rock progressif sur le très bon et planant Vagues) s’exprimant ici et là sur l’album Mystère. La Femme séduit car elle vous enlace, vous embrasse et vous immerge dans son univers. Les titres, les vidéos, les concerts, tout correspond à un univers immersif, et converge vers un empire du bizarre, du loufoque, du psychédélique. On notera que les textes sont devenus moins insouciants qu’auparavant, laissant transparaitre une certaine gravité, comme si La Femme avait grandi, avec tout ce que cela implique d’expériences diverses. Si beaucoup continuent sur la lancée du délire psycho-tropical, de l’humour décalé ou de la rime forcée, certains sont un peu plus profonds qu’ils ne paraissent. Ce sont ironiquement les titres qui semblent les plus innocents (voire curieusement enfantins), qui au gré des couplets, prennent la tournure la plus nostalgique et mélancolique, à mesure que leur signification véritable se déroule. Le très approprié Septembre en est l’illustration parfaite.

En conclusion et pour enfoncer une porte ouverte, Mystère est l’album à écouter en priorité pour cette rentrée musicale 2016. Si vous l’écoutez en support physique (CD ou vinyl), sachez que La Femme vous a mitonné une petite surprise supplémentaire à découvrir: une chanson cachée qui démarre toute seule à la fin du dernier titre de l’album “Vagues”. Intitulé “Always in the sun”, cette chanson est la première que propose La Femme en anglais, et porte ainsi le nombre de pistes à 16 (mais bon, sur Spotify, la surprise est apparente d’emblée comme une piste à part entière, désolé). Mystère est publié chez Barclay et disponible à la vente depuis ce vendredi 02/09, et en écoute sur toutes les plateformes de streaming, y compris donc dans les délicieuses playlists Spotify des Trois Doigts de la Main. Bonne écoute!

La Femme au complet

La Femme au complet

 

Petit bonus pour se la péter: on peut ne pas y prêter attention, mais la couverture de l’album est une ré-interprétation de l’Origine du Monde, célèbre tableau de Gustave Courbet que La Femme avait déjà mis à l’honneur en couverture de son premier EP. Comme quoi il y a des idées fixes…

Surf Dads en vacances [EP Review]

Les vacances d’été, c’est un moment de l’année généralement propice à la détente et à la découverte. On a l’esprit plus libre que d’ordinaire et on se laisse plus volontiers approcher par la nouveauté, ou plus musicalement parlant, par telle tendance ou tel artiste méconnu jusqu’alors. En somme, c’est un bon moment pour lire un article sur le webzine indépendant des Trois Doigts de la Main. Les vacances d’été, c’est aussi le thème de l’EP auquel on s’intéresse aujourd’hui: Summer Vacation, par le groupe canadien Surf Dads. Si l’on en croit Paul Eluard selon qui “il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”, c’est donc le moment de découvrir le nouveau groupe qui décoiffe au pays des castors.

Surf Dads: "-Dude, we're featured in Les Trois Doigts de la Main! -Sweet!"

Surf Dads:
“-Dude, we’re featured in Les Trois Doigts de la Main!
-Sweet!”

Les Surf Dads sont originaires de Regina, dans la province du Saskatchewan au Canada et y démarrent leur aventure musicale en 2015. Si le groupe se produit sur scène à 5, son noyau fondateur est en fait un duo. Deux amis de longue date qui après avoir ébauché puis composé les titres à distance (l’un d’entre eux étudiant en Californie), les enregistrent lorsqu’ils se retrouvent pendant les vacances scolaires. En moins d’un an, ils parviennent à publier 3 EPs, taillés dans un rock indé énergique, bruyant, s’inspirant du surf rock autant que du garage rock. Ils se font rapidement remarquer, parvenant à se produire dans plus de 100 gigs au cours de leur première année (dont un dans leur salle de bain quand même).

Leur dernier EP intitulé à juste titre Summer Vacation est sorti en juillet dernier et fleure bon les vacances et la route des plages (californiennes de préférence, histoire de coller avec le style indie rock west coast du groupe). En 4 titres, il confirme le potentiel de Surf Dads et affine leur son; en témoigne le lien ci-dessous. Une simple écoute devrait suffire à convaincre. On remarque évidemment les riffs de guitares électriques qui sont à la fois puissants et entrainants. La parenté est assumée avec des groupes alliant un son et un esprit rock à un sens des arrangements et une certaine fibre pop, tout en conservant originalité et authenticité comme les Californiens de Weezer, de Wavves, ou encore les finlandais de French Films, ou les anglais de The Sherlocks.

 

Difficile de choisir une chanson préférée sur Summer Vacation. Le premier titre “Found Yourself in Thailand” met certes la barre très haut (avec en prime un texte ironique et savoureux sur le thème du voyage). Il est plein d’énergie, de rythme, les mélodies s’entrecroisent et le tout donne envie de ré-écouter la même chanson et/ou d’aller voir Surf Dads en concert. Pourtant, chacun des titres produit ce même effet, égalant en qualité et en intensité celui qui ouvre l’EP.

 

surf_dads_L3D2LM

 

Les Surf Dads seront en tournée dans toute l’Europe à partir de début Septembre. Toute? Non hélas. Les canadiens se produiront dans 6 pays avec déjà 25 dates de confirmées, mais pas en France (pour cette fois-ci, nous ont-ils assuré). Ci-dessous le détails de la tournée. Pour ceux qui pourraient se rendre à l’un des concerts, il y a fort à parier que cela vaille largement le coup, et donne envie de patienter jusqu’à la sortie de leur premier album en 2017. Bonne fin d’été à tous nos lecteurs!

Surf Dads Europe Finallogos

 

Merci à Gage et aux Surf Dads pour leur aide dans la réalisation de cet article.