[Interview] Monk & Rivière Salée du label Distile Records

Distile Records est un jeune label de musique électronique basé à Paris. On a rencontré les deux fondateurs Cédric et Kilian, alias Monk et Rivière Salée, qui se trouvent aussi être les deux principaux artistes signés, pour discuter de leur musique, de leurs projets, et vous permettre d’en savoir plus. A priori ces deux-là n’ont pas fini de faire parler d’eux ou de leur Distillerie à sons et c’est tant mieux !

L3D2LM : Pour présenter Distile Records en peu de mots, on peut dire que c’est un label indépendant de musique électronique basé à Paris. Vous l’avez démarré tous les deux ?

Monk : Au départ on était 4, et puis il y en a un de nous qui est parti, puis un autre qui a commencé à avoir beaucoup de projets en même temps et qui du coup a pris de la distance et nous file plutôt un coup de main de temps en temps. Au quotidien, on se retrouve à être vraiment deux dessus. Les premiers temps j’ai été le seul à plein temps, pour amorcer les premiers projets, premiers live, etc, et puis rapidement Kilian a quitté son job chez Deezer pour être lui aussi à temps plein dans le projet.

Rivière Salée : On a aussi pas mal d’amis qui nous filent des coups de main sur le Community Management, sur les clips…

Monk : A mesure qu’on avance, certains amis voient qu’on est à fond, qu’on y croit et ça doit leur donner envie de participer. Quand tu es passionné et que tu te donnes complètement dans ce que tu fais, je crois que les gens respectent ça et s’ils adhèrent au projet et qu’ils ont des compétences techniques de graphisme, de vidéo ou autre, et bien ils proposent spontanément leur aide. Il y a plein de gens comme ça qui nous filent des coups de mains régulièrement. On ne peut pas les payer, mais on aimerait le faire un jour ! Pour l’instant, ça marche beaucoup par l’entraide.

L3D2LM : Créer et gérer son propre label est loin d’être simple et malheureusement, tous ceux qui se lancent ne décollent pas forcément. Au contraire, on dirait bien que Distile est en progression continue depuis son lancement : des sorties de titres ou EPs, des clips, de plus en plus de dates et de visibilité pour ses artistes..

Monk: ah ouais ?

Rivière Salée : C’est vrai qu’on est sur une pente ascendante…

Monk: On est clairement sur une pente ascendante, mais le constat qu’on fait, c’est que ça demande énormément de travail ! Gérer son projet artistique personnel et un label en même temps, c’est-à-dire faire de l’administratif, s’occuper du booking (chercher et trouver des dates de lives pour nous et d’autres artistes en plus), c’est beaucoup de multi-tasking. Gérer un label, ça demande de se répartir le job de 6 ou 7 personnes entre nous deux et du coup pour lier ça à notre activité artistique, plus le développement des autres artistes et ce qu’implique le management des artistes, ça peut devenir un calvaire parce qu’on est sous l’eau et on doit accepter de survoler certains aspects.

L3D2LM : Un aspect qui n’est pas survolé justement, c’est l’identité graphique de Distile Records et de ses artistes. Vous avez une cohérence et un style qui unissent vos productions, on voit tout de suite qu’on a affaire à des pros!

Rivière Salée : On avait une base graphique au départ, Cédric ne peut pas s’empêcher de toucher à tout aussi et de s’occuper globalement de l’identité visuelle du label. Ca prends énormément de temps, aujourd’hui on travaille avec une graphiste pro qui nous aide dans les différents designs et pour les covers des EP/artistes.

L3D2LM : Dans vos vidéos aussi, on retrouve toujours une même atmosphère un peu mystérieuse et séduisante. Le choix des images et des paysages pose vraiment une ambiance.

Monk : Ouais, en fait ça vient de mon côté un peu « obsessionnel » avec l’esthétisme au sens où j’ai souvent une idée très précise de ce que je veux obtenir. Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est comme ça, et j’imagine que j’ai un peu déteint sur le label…

Rivière Salée : Ça c’est sûr !

Monk : Après je trouve ça bien qu’on ait vraiment notre graphisme et qu’il y ait un lien entre nos musiques, nos visuels, nos vidéos. Plus il y a de sens qui sont sollicités et mieux c’est !

L3D2LM : On vous avait découvert au To Gaether Festival en 2016. Et puis ensuite on avait eu la chance de vous avoir sur la scène de la soirée Indie Seine début 2017. Les prochaines dates pour vous voir sur scène c’est quand ?

Rivière Salée : On se calme un peu sur les dates à la rentrée. On part s’isoler a la campagne tout le mois d’octobre pour finaliser notre album et préparer un nouveau live, avec un passage éclair à Paris le mercredi 18 octobre pour un live dans le cadre du Mama Festival organisé par le BPM contest à la Machine du Moulin Rouge.
Ensuite il faudra patienter jusqu’au samedi 18 novembre pour nous voir jouer  à la deuxième édition du Festival To Gaether au Carreau du Temple, en compagnie de Moi Je et Secret Value Orchestra.

L3D2LM : Le futur de Distile Records vous le voyez comment à long terme ? Ça pourrait devenir une étape vers quelque chose d’autre pour vos projets artistiques ? ou bien ça aura vocation à continuer de se développer en tant que label ?

Rivière Salée : En fait on a beaucoup cherché à développer le label, plus que les artistes, en se disant que si le label était connu, les gens iraient consulter chacun des artistes du label mais au final les gens ne connaissent jamais le label des artistes…

Monk & Rivière Salée – Live @Indie Seine 2017

L3D2LM : Vous aviez pris le sujet un peu à revers de la perception du public. Un peu comme si l’auteur de Dragon Ball s’était dit que les lecteurs apprécieraient San Goku parce qu’il a été formé par Tortue Géniale… alors qu’en vrai les gens se souviennent surtout de San Goku, et moins de Tortue Géniale.

 

Rivière Salée : Exactement.

Monk: Très belle référence.

Rivière Salée : Du coup j’ai plus rien à ajouter… [rires]

Monk : C’est vrai que les gens connaissent plus les artistes que les labels. Je pense qu’on a fonctionné à l’envers. Normalement tu commences par te faire une notoriété en tant qu’artiste et ensuite tu montes ton label parce que tu vas attirer les artistes qui peuvent aimer ce que tu fais, tu pourras faire fonctionner ton réseau, tes contacts… On a fait exactement l’inverse. Sur le papier ça parait con, mais il n’y a pas forcément de règle de ce point de vue-là dans la musique. A défaut d’être logique, ça nous aura permis de mettre un pied dans l’industrie musicale dès le départ et d’avoir une structure pour organiser des soirées, émettre des factures, faire des demandes de financements, etc. En tant qu’artiste tu n’as pas vraiment de légitimité pour faire tout ça.

L3D2LM : Distile Records pour l’instant, c’est 4 artistes : Monk, Rivière Salée, Islandisiac, Luksek. C’est bien ça ?

Monk & Rivière Salée : Exactement. 4 artistes en comptant Islandisiac, mais c’est un projet qui ne devrait plus trop bouger, après l’EP et le single qui sont sortis (les membres continuent d’être actifs dans d’autres projets). Décembre marquera l’arrivée d’un nouvel artiste : Owl, avec un EP trois titres et un ou deux remix. Owl, c’est l’ingéson attitré du label, qu’on a rencontré au début de l’année et qui nous accompagne sur toutes nos dates. C’est un musicien vraiment complet, aussi prolifique au piano qu’à la guitare, probablement meilleur que nous d’ailleurs. On retrouve pas mal d’influences funk et jazz dans ses tracks, c’est très bien produit et ça groove à mort. On a hâte de sortir tout ça.

L3D2LM : C’est quoi l’actu des artistes déjà signés ? Allez au hasard, Monk et Rivière Salée ?

Rivière Salée: On bosse sur un album en ce moment. En fait Monk et Rivière Salée, on fait des sons différents avec chacun son propre style, mais on joue toujours ensemble en live. On apprend chacun à jouer les morceaux de l’autre. Du coup on s’est dit que ce serait mieux de sortir un album ensemble pour que le public puisse associer un album à un live, et pas sortir un album chacun de son coté qui pourrait s’éloigner de l’expérience live.

L3D2LM : Monk et Rivière Salée, ça sonne bien !

Monk & Rivière Salée : Ouais ! L’album devrait sortir début 2018 avec une dizaine de titres. Artistiquement, le projet est bien avancé, on a pratiquement toutes les chansons, on en joue déjà plusieurs en live d’ailleurs . Mais il nous faut plus de temps pour bosser la partie communication et faire un beau lancement. Franchement il y a une telle concurrence aujourd’hui. C’est incroyable le nombre de sorties qu’il y a quotidiennement, des dizaines d’EPs, de tracks tous les jours, donc il vaut mieux prendre le temps de bien faire les choses. On veut que le projet Monk & Rivière Salée devienne le fer de lance du label, donc on soigne bien nos futures sorties, on bosse beaucoup le live, mais en plus on veut intégrer tous les nouveaux artistes dans le live, aussi bien LUKSEK (pas Yuksek) que le nouvel artiste qui sera révélé en Décembre. A terme, l’idée est de pouvoir faire des soirées dont le line-up complet sera assuré par Distile Records. A coté du Live, on bosse aussi un format DJ Set, plus léger en terme d’instruments, où on improvise au piano/guitare/synthé sur des compos originales et des tracks qui nous ont marquées dernièrement.

L3D2LM : Est-ce que Distile exporte déjà sa musique ? Vous pensez qu’il faut nécessairement se faire connaître dans son pays avant d’aller à l’étranger? on pourrait se dire qu’à l’âge d’internet c’est devenu plus facile d’avoir sa musique jouée partout dans le monde ?

Monk : Ben franchement, je pense qu’il vaut mieux bien réussir dans son pays d’abord. C’est sûr qu’avec internet tout est accessible partout et tu peux te retrouver avec une chanson qui tourne en soirée dans un autre pays. Un jour on a vu qu’un titre d’un de nos EPs était chanson la plus streamée de la journée à Hong Kong. Tu vois c’est marrant et ça fait plaisir, mais concrètement c’est le genre de choses qui se font un peu « malgré » nous. Il y a forcément un blog, ou un webzine, un DJ… quelqu’un qui a relayé l’info qu’il y avait une track sympa etc… Quand tu fais de la musique, tu as envie de la faire vivre, de faire kiffer les gens avec ta musique, et surtout t’as envie de le voir. C’est cool de voir sur un écran qu’on est écouté ici et là, mais il n’y a rien de mieux qu’être devant ton public, tu sens la foule réagir… c’est là que tu passes tes meilleurs moments.

Monk & Rivière Salée au Festival Maquisards – Juin 2017

L3D2LM : On peut dire que vous avez placé le live au centre de votre projet musical, c’est super. Avec l’avènement de la MAO (musique assistée par ordinateur), du streaming, de YouTube, la tentation de faire moins de live et plus de production bien tranquillement dans son studio est grande, d’ailleurs beaucoup le font, mais pas vous ?

Rivière Salée : Pour nous, c’est vraiment important de tourner pour que les gens puissent te voir et surtout voir comment tu joues ta musique. En plus, quand tu fais de la scène, tu te retrouves programmé avec des artistes qui ont un style plus ou moins proche et en cohérence avec la ligne artistique des organisateurs, et pour les gens qui sont venus les écouter eux, tu peux être la découverte de leur soirée ou de leur weekend et ils vont te suivre ensuite. C’est plus sympa de tourner pour ça aussi, et puis ça évite de se limiter au public purement « digital ».

Monk : Le live, ça nous permet aussi de faire évoluer les chansons. Chaque interprétation est différente et tu vois bien ce qui marche ou pas.

Rivière Salée : On en profite aussi pour tester des nouveautés.

L3D2LM : Vous jouez déjà les nouveaux titres de l’album prévu pour 2018 ?

Monk & RS : Il y a un titre qu’on joue depuis Novembre dernier. Deux ou trois autres sont souvent dans notre setlist aussi. En fait on pourrait pratiquement jouer tout l’album dès maintenant, mais on ne le fait pas parce que tout n’est pas complètement prêt non plus, et surtout on a plein de chansons des EPs précédents qu’on aime beaucoup jouer encore et il faut forcément faire des choix dans nos setlists. A chaque nouvelle date, on reprend le set à zéro pour que les gens qui nous auraient déjà vu ailleurs vivent un moment complètement nouveau. On ne se contente pas de revoir l’ordre des chansons, on les reprend vraiment, on les réinterprète, on les transforme, et puis on ajoute quelques nouveautés, le tout en essayant de s’adapter aussi au lieu et à l’heure de la programmation. Chaque live, c’est comme un marathon pour nous parce qu’on reprend tout à zéro pendant une semaine complète, mais on est content d’offrir un live différent à chaque fois !

L3D2LM : Le 3ème artiste principal chez Distile, Luksek, comment est-ce que vous l’avez connu ?

Monk : Je l’ai rencontré à une soirée organisée par le collectif Baltazar Musique et Beat à l’air. Il avait fait un carton en warm-up. J’ai écouté ce qu’il faisait et il a particulièrement retenu mon attention avec un remix du groupe finlandais Vakle que je trouvais très réussi. Du coup on est allé prendre un café, je lui ai parlé du projet de label qu’on était en train de monter et c’est comme ça qu’il a rejoint Distile. Depuis on a sorti un EP ensemble (après , on lui a organisé une release party au Pavillon des Canaux, on a même remixé un de ses titres. C’est un mec vraiment sympa, il est Italien, basé à Florence, mais on essaie de le faire venir à Paris aussi souvent que possible.

Rivière Salée : Le contact est tout de suite très bien passé avec Luksek, on a l’impression d’être avec un vieux copain en fait.

L3D2LM : Vous êtes à la fois artistes et label. Même si ce choix est de moins en moins rare, notamment par soucis d’indépendance artistique, vous disiez en début d’interview que c’est quand même très compliqué d’être présent sur tous les fronts. Est-ce qu’avec le recul de cette première année écoulée, vous pensez toujours que c’était la meilleure voie ?

Monk & Rivière Salée : Pas forcément. On est très content d’avoir lancé notre propre label parce que ça nous a fait mettre les mains dans plein d’aspects différents très vite. Ça nous a permis de garder le contrôle de ce qui se passe, les directions artistiques, le planning des sorties, les dates de live etc, mais oui c’est énormément de boulot. C’est compliqué de tout faire soi-même et maintenant qu’on a ce recul, on réalise à quel point un bon label peut faire économiser du temps à un artiste. Si toute la partie promo/marketing/distribution/etc est assurée, l’artiste a beaucoup plus de temps pour se consacrer à la musique, la composition, la préparation des lives. A l’inverse si tu as signé pour 3 ans avec un label et que rapidement tu te rends compte que tu n’es pas satisfait de leur façon de gérer ta musique ou ton image, tu te retrouves « coincé » pour 3 ans. C’est peut-être en partie pour ça qu’il y a une certaine méfiance de pas mal d’artistes vis-à-vis des labels aujourd’hui et pas seulement les majors… Ce n’est pas notre cas, mais c’était important pour nous de rester aux commandes. Avec le recul, faire son propre label n’est pas la meilleure solution parce qu’on voit bien qu’on est constamment sous l’eau mais c’est sûrement celle qui nous correspondait le mieux pour rester complètement aux commandes de notre projet.

L3D2LM : Un petit message à faire passer en conclusion ?

Rivière Salée : Oui ! Dites à Monk de ne plus changer de nom d’artiste svp ! Il a déjà changé deux fois, je pense que là on est pas mal.

Monk : Au départ j’étais The Red Monkey, puis THRDMNK, et puis enfin Monk. Comme un moine. Je me dis que c’est pas mal pour faire de la musique planante…

 

Pour plus d’infos et s’assurer de ne pas louper les actus à venir, on ne saurait que trop vous conseiller de suivre Distile Records, Monk, Rivière Salée et Luksek sur Facebook, YouTube, Instagram, Soundcloud, Spotify, Deezer. Vous pouvez évidemment les retrouver dans nos playlists Spotify !

 

Photographies par Inés Aramburo – Juillet 2017 (sauf photos en concert).

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