Les Trois Doigts de la Main - L3D2LM

cLOUDDEAD – CECI N’EST PAS UN DISQUE

clouddead

 

Mais si ce n’est un disque, qu’est ce que cet objet circulaire enfoui dans une pochette surmontée de nuages post-apocalyptiques? Pour répondre à cette profonde interrogation, il est nécessaire de signaler que les 12 chansons composant les 74 minutes de cet ovni sont issus de singles sortis dans la période 1999-2001. 6 disques de chacun 2 faces qui découpent un même morceau en 2, sobrement noté (1) et (2). L’album forme ainsi un collage, perception confirmée à l’écoute des productions de Odd Nosdam, sorties de vieux matos (Dr.Sample, un Radio Shack mic et un eight-track) maltraité à grands coups de beat pousiéreux et de nappes violonées en provenance des années 30. Doseone, de son rap fluide et nasillard puis Why?, chantonnant des refrains et des coeurs venus d’une autre planète, achèvent de convaincre l’auditeur inadvertant d’un bricolage monumental. Pourtant, les 3 gaillards sortis d’Art School nous tiennent en haleine tout au long d’un album torturé et surprenant.

 

http://www.youtube.com/watch?v=tITTPtlGe3E

 

Né aux confins du hip hop, dans une contrée lointaine peuplée de samples écorchés et dépolis, de poésie aride et déçue formant un flow rythmé et continu, cLOUDDEAD peut se targuer de l’aura mythique du groupe inconnu mais précurseur. L’album annonce la déferlante de labels comme Anticon ou Big Dada spécialisés dans un rap teinté d’éléctro, de pop et de slam. Le groupe mérite son statut par sa manière sans concession de construire des hymnes dépressifs entachés d’humour noir sur fond de bruitages diversement choisis. Sur Jimmy Breeze (1), Doseone scande : «I’ve thaught myself to survive a 4 story fall, wearing a spacesuit and a dead englishman socks», accompagné par de bondissants sons de jeux vidéos 8-bit venant ponctuer son récit absurde et hypnotisant. On oublie dès lors les voix qui nous répètent : «Mais ce n’est pas du rap !» pour mieux absorber les vagues de non sens qui nous arrivent en pleine poire à l’écoute de ces mélodies envoûtantes, de ces paroles énigmatiques. Ouf.

 

http://www.youtube.com/watch?v=m5AQ6UdKQCI

 

La particularité de cLOUDDEAD réside pour moi dans la façon qu’ont ces trois énergumènes ne nous attirer vers eux comme un lointain souvenir de jeunesse trop longtemps dénigré. Les sons sont familiers, nous parlent à l’oreille et nous tirent par la manche de la veste pour aller les rejoindre. On perçoit des dialogues tirés de vieux films, des passages instrumentaux entre l’interlude et le brouhaha. Le vacarme d’une engueulade, la douceur d’une boucle de synthé venant s’enrouler autour du tympan. Et puis, tout repart, Doseone raconte sa vie et aussi un peu de la notre. On le suit, emmené par l’humour et l’entrain de All You Can Do Is Laugh (1) dans lequel il s’amuse à citer diverses célébrités et hommes politiques qui sont (apparemment) Underground. Oubien l’on admire ces passages de scratch effectués à partir de divers appareils électroménagers dont un vieux lave linge. Le DIY a rarement eu de si fier portes-étendards. Même le nom du groupe provient d’une knock knock joke que sa soeur racontait à Doseone durant leur enfance.

 

 

D’une voix las, Doseone finit par scander, avec Sole : «It’s all the same shit but they call it clouddead / I only got 2 hands and half the head», sur I Promise Never To Get Paint On My Glasses Again (1). Achevée par tant de nonsense, notre raison s’envole par la fenêtre grande ouverte. Bon débarras. C’était quoi la question déjà ?

 

Au milieu de carrières solo prolifiques , le groupe enregistra un deuxième (ou premier, selon votre définition) album en 2004, sobrement intitulé Ten. Il fut également leur dernier.

 

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