[Playlist] Indie Rock Indeed

Encore une playlist préparée avec amour par Les Trois Doigts de la Main. Juste pour vous, et vos petites oreilles délicates. Comme son nom l’indique, la sélection “Indie Rock Indeed” est consacrée au rock indé. Si la part belle est faite aux groupes ayant brillé dans ce style au cours des dernières années (Vampire Weekend, Band of Horses, Beirut, The Shins et autres Mac Demarco), on y retrouve aussi de grands noms du passé ayant ouvert la voie à ceux d’aujourd’hui (Pavement, Pixies, Dinosaur Jr.), et surtout – ce qui en fait même son principal intérêt – une quantité de petits groupes dénichés derrière les fagots, plus ou moins (in)connus, venant des cinq continents pour notre plus grand plaisir.

Le pourquoi de cette playlist, outre le fait qu’elle soit vraiment bonne (et ça c’est déjà une bonne raison), vient d’un constat simple. De nombreuses personnes ne savent pas vraiment ce qu’il faut entendre par rock indé ou en anglais « Indie Rock ». Alors le jour où quelqu’un m’a demandé ce qu’avait le rock indien de si particulier pour qu’il entende parler sans cesse de « Indie rock », j’ai compris qu’une intervention était nécessaire. La dénomination « Indie » (pour independent) aurait commencé à s’employer pour la musique dans les années 80. Au tout départ, lit-on souvent, surtout pour les groupes punks, post-punk, new wave, mais l’emploi du terme s’est rapidement élargi à tous les styles dérivés du rock. Aujourd’hui, les artistes classés « Indie » sont: soit des indépendants à part entière (auto-produits) soit, comme c’est plus souvent le cas, signés sur des labels indépendants, c’est à dire n’ayant pas encore été racheté par une major (Universal, Sony, Warner, etc) et qui à défaut d’avoir de généreux budgets marketing, ont une grande liberté artistique dont ils peuvent vraiment jouir puisque n’ayant de comptes à rendre à aucun actionnaire (ça c’est pour faire simple parce que dans la réalité, les gros labels savent bien qu’il y a des maisons de disque auxquelles il faut laisser un minimum d’âme et de liberté sans quoi leur rachat n’est pas vraiment utile, et d’ailleurs, de nombreux artistes « indie » sont aujourd’hui signés chez une major). C’est en partie pourquoi le rock indé est souvent moins connu que ses frères le pop rock, le punk rock, le heavy metal ou le classic rock. Si l’indé est généralement moins bien diffusé et distribué, il a carte blanche pour expérimenter des choses inattendues (quitte à risquer l’échec commercial). Cela d’ailleurs peut aussi contribuer à le rendre encore moins accessible aux oreilles du grand public.

Mais cette tendance a changé au milieu des années 2000 avec l’émergence d’un style indie plus facile à aborder. Les groupes indés de cette époque vont moins chercher à se démarquer à tout prix avec des titres à rallonge, ou un look improbable ou encore un message « alternatif », mais plutôt par l’originalité des compositions musicales, des sonorités employées, et même des textes étonnamment créatifs. Rappelons nous les débuts de Vampire Weekend, The Strokes, Arctic Monkeys, etc. Dans le cas de ces derniers, la reconnaissance est bien arrivée par la musique en elle-même et pas grâce au marketing qui l’entoure. Très peu d’apparitions publiques (hors-concert), très peu d’interviews, pas de publicités, et pourtant le premier album des Arctic Monkeys “Whatever People Say I am, That’s What I’m Not” (2006) est un succès immédiat, critique et commercial, battant des records de ventes au Royaume-Uni, et ce dès la semaine de sa sortie (record de lancement toujours détenu par les Singes Arctiques de Sheffield et fixé à 363 735 exemplaires la première semaine).

La volonté des artistes de se recentrer sur la musique en elle-même et de délaisser les artifices promotionnels de l’industrie musicale rendra (paradoxalement?) d’autant plus séduisante la musique qualifiée “Indie” et finira par engendrer une nouvelle conception du “marketing musical”, affranchi de ses outils traditionnels. Ensuite, de magnifiques instruments longtemps laissés entre les mains des groupes folk ou country ou carrément au fond d’une salle de musique à prendre la poussière vont débarquer dans des compositions abordables pour un goût mainstream. Ainsi débarquent les violoncelles dans des groupes de rock par exemple, arrivent les xylophones, glockenspiels et autres kalimbas, les mandolines, les banjos, et bien sûr les synthés à gogo pour la touche électro — new wave qui fait danser les foules. Des formations qui auraient pu se cantonner aux habituelles guitares électriques, basses et batteries s’enrichissent d’une multitude de sonorités et certains groupes indés connaissent un grand succès leur permettant de franchir la porte des plus grands labels, mais tout en conservant ce style ayant fait leur succès. En bref, les lignes se sont brouillées avec le temps. Certains indépendants d’hier sont des superstars aujourd’hui, sans pour autant avoir vendu leur âme. D’autres irréductibles resteront indépendants jusqu’au bout, parfois sans label, avec ou sans succès. Certains encore, tenteront clandestinement de surfer sur la vague “indie” en singeant un style, une attitude. Mais le rock indé n’est pas une posture commerciale. C’est avant tout de la (bonne) musique, créative, innovante! Est-ce plus clair maintenant? Ou bien suis-je seulement parvenu à m’embrouiller moi-même? Parfois une bonne playlist vaut mieux que mille mots.

Comme la plupart des playlists Spotify des Trois Doigts de la Main, Indie Rock Indeed est en construction permanente. Des ajouts/suppressions sont faits périodiquement pour enrichir la sélection, et ainsi renouveler le plaisir que l’on a à l’écouter. N’hésitez pas à vous y abonner pour en suivre toutes les évolutions.

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